L’Unesco coule la fertilisation des océans

Le 01 février 2011 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Alors que le Groupe d’experts intergouvernemental pour le climat (Giec) fait le bilan des résultats de la quinzaine d’expériences de fertilisation des mers (à paraître dans le 5e rapport d’évaluation), l’Unesco vient de lui mâcher le travail. L’une des filiales de l’organisation onusienne – la Commission océanographique intergouvernementale, COI – vient de publier un rapport sur les bénéfices de la plus ancienne technique de géo-ingénierie.

 

De quoi s’agit-il ? Pour résumer, des chercheurs et quelques entreprises imaginent de doper la production de phytoplancton en « fertilisant » la surface océanique de nutriments : sulfate de fer, acide phosphorique, urée. Certains imaginent même de reproduire le phénomène d’ upwelling, à l’aide de réseaux d’aqueducs sous-marins faisant remonter vers la surface les eaux des profondeurs, riches en nutriments.

 

En accroissant la concentration de « nourriture », ces systèmes sont réputés favoriser la survenue de blooms de phytoplanctons : ces micro-plantes qui, en se développant, vont consommer (photosynthèse oblige) le gaz carbonique présent dans l’air. Ce CO 2 étant stocké dans les profondeurs, une fois que lesdites micro-plantes ont achevé leur cycle et entrepris leur voyage vers les abysses.

 

En résumé, en augmentant la concentration du phytoplancton, on accroît artificiellement la capacité de l’océan à séquestrer le dioxyde de carbone atmosphérique.

 

Dans la pratique, les choses ne se passent pas tout à fait comme cela. Tout d’abord, indique le rapport de la COI, le plancton absorbe moins de CO 2 que prévu. Les premiers calculs estimaient que le saupoudrage d’une tonne de fer permettait la séquestration de 100.000 tonnes de gaz carbonique. En réalité, cette capacité est 20 fois moindre. Résultat : dans le meilleur des cas, la fertilisation des mers ne devrait pas permettre de stocker au fond des mers plus de 90 à 275 milliards de tonnes de CO 2 sur un siècle. Soit 0,01 à 0,05 % de ce que nous émettrons durant la même période.

 

Pas terrible, comme rendement. D’autant que ces techniques de séquestration marine provoquent de fâcheux dégâts collatéraux. Comme, par exemple, le développement incontrôlé de Pseudo nitzschia, des diatomées productrices d’acide domoïque, une neurotoxine potentiellement mortelle pour l’homme [ JDLE].

 

La décomposition de trop de micro-plantes peut aussi absorber de très grandes quantités d’oxygène dissous dans l’eau de mer, provoquant la création de zones anoxiques dans les couches profondes de l’océan.

 

Au fond, l’augmentation du taux de dioxyde de carbone pourrait acidifier l’environnement. Ce qui serait désastreux pour la faune et la flore avides de carbonates pour leur survie.

 

Last but not least, le développement de blooms de phytoplancton reste un phénomène mal maîtrisé dont les réponses chimiques et biologiques sont encore peu connues. Pas étonnant, dans ces conditions, que la Convention sur la diversité biologique ait instauré, en 2008, un moratoire sur les expériences de fertilisation.



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