L’UE se lance dans la surveillance des émissions de CO2

Le 07 décembre 2018 par Romain Loury
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Copernicus, programme UE d'observation de la Terre
Copernicus, programme UE d'observation de la Terre

Le programme européen Copernicus d’observation de la Terre prévoit de lancer, à l’horizon 2026, un système de surveillance des émissions anthropiques de dioxyde de carbone (CO2), basé sur des satellites et un réseau de balises au sol, a-t-il annoncé fin novembre.

S’il est désormais un jeu d’enfant de mesurer la teneur de l’atmosphère en CO2, voire d’en mesurer les flux -que ce soit par des balises placées au sol ou par satellite-, l’évaluation des émissions demeure largement hors de portée. Hormis par une approche «bottom-up», à savoir en partant des sources d’émission pour évaluer leur contribution à la présence atmosphérique de CO2.

Une approche «top-down»

Or Copernicus, programme phare de l’Union européenne (UE) en matière d’observation de la Terre, notamment à des vues environnementales, veut aller plus loin. A savoir vers une approche «top-down», en déterminant, à partir de l’observation du CO2 atmosphérique, les émissions locales. A ce jour, seuls deux satellites, l’américain OCO-2 (Orbiting Carbon Observatory-2) et le japonais GOSAT, peuvent effectuer un tel travail, mais à des échelles très grossières, de l’ordre de masses continentales.

Dirigé par le Centre européen pour les prévisions météorologiques à moyen terme (ECMWF en anglais[i]), le programme CHE (CO2 Human Emissions) reposera sur trois satellites et un réseau de balises posées au sol. Après évaluation de la teneur locale en CO2, ils estimeront le rôle des diverses sources d’émissions, avec «une marge d’erreur beaucoup plus faible et une granulométrie plus fine», explique Vincent-Henri Peuch, directeur du service Copernicus de surveillance de l’atmosphère à l’ECMWF (voir vidéo explicative ici).

Une aide au «reporting» des Etats

Les données issues de CHE devraient être d’un intérêt crucial pour le «reporting» par les Etats de leurs émissions de CO2, dont l’Accord de Paris prévoit qu’il se fera sur un rythme quinquennal à partir de 2023. Pour autant, «il ne faut pas voir cela comme un ‘Big Brother’, mais plutôt comme une aide aux pays: c’est un complément au ‘reporting’, qui permettra aussi aux Etats de concentrer leurs efforts sur des zones particulières d’émissions», explique Vincent-Henri Peuch. Et pour que le système soit efficace, il doit être calibré sur les déclarations des Etats quant à leurs sources d’émissions.

Un volet technologique, un volet numérique

Les trois satellites de nouvelle génération, d’une précision de mesure du CO2 de l’ordre du pourcentage, ne devraient pas être lancés «avant 2025, 2026», explique Vincent-Henri Peuch. Outre la mise au point de ces satellites, le programme comporte un volet numérique, visant à déterminer, par modélisation, la disposition la plus efficace du dispositif pour des mesures aussi fines qu’étendues géographiquement. Entre autres sujets à l’étude, le maillage et la densité du réseau de balises, ou encore la trajectoire orbitale des satellites.

Si les données seront ouvertes à d’autres pays que ceux de l’UE, les experts du programme CHE espèrent les partager avec celles issues de programmes issus d’autres pays. Outre l’UE, la Chine se montre très intéressée par la mesure des émissions, de même que les Etats-Unis –dont le programme semble toutefois ralenti depuis l’arrivée de Donald Trump à la Maison blanche.



[i]Basé près de Londres, l’ECMWF se définit comme «une organisation intergouvernementale indépendante qui produit et diffuse des prévisions météorologiques numériques à ses 34 Etats membres et Etats coopérants [tous sur le continent européen, sauf le Maroc, ndlr]. [Il] met actuellement en œuvre le service Copernicus sur le changement climatique (C3S) et le service Copernicus de surveillance de l'atmosphère (CAMS) pour le compte de la Commission européenne».

 



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