L’OPECST vote nucléaire

Le 15 décembre 2011 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Le coût unitaire actuel d'un EPR tourne autour de 5 milliards d'euros.
Le coût unitaire actuel d'un EPR tourne autour de 5 milliards d'euros.

Dans son dernier rapport, l’Office parlementaire envisage la construction d’une trentaine d’EPR.

Enfin, une bonne nouvelle pour Areva. Plan social déguisé, mine d’uranium au prix faramineux, des EPR au prix pharaonique, tout cela est du passé. Et l’avenir s’annonce serein. Du moins, si l’on suit les conseils de l’office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST).
 
Après 7 mois d’enquête, l’OPECST a rendu, jeudi 15 décembre, son rapport sur l’avenir de la filière nucléaire française. Un sujet qui tient à cœur pour Claude Birraux (le président de l’office) et Christian Bataille. Voilà des décennies que les deux députés bataillent, à coup de rapports, d’auditions, voire de descentes sur site, pour améliorer la sûreté des installations, sécuriser le dispositif réglementaire et améliorer la gestion des déchets nucléaires. Cette fois, c’est autre chose.
 
Soucieux de prendre part au débat énergétique qui s’est amorcé entre la catastrophe de Fukushima et le début de la campagne présidentielle, le député UMP de Haute-Savoie (Claude Birraux) et son alter ego socialiste du Nord (Christian Bataille) esquissent leur vision du «bouquet énergétique» idéal.
 
Et cet avenir doit comporter une forte dose d’énergie atomique. Ca n’est pas un scoop, les deux parlementaires sont de fervents pro nucléaires. Ce qui ne les empêche pas de tacler EDF quand l’électricien national veut développer un réacteur « low cost » avec un partenaire chinois. « La sureté n’a pas de prix », martèle Christian Bataille.
 
Ils sont aussi prompts à défendre l’autorité de sûreté nucléaire (qu’ils ont contribué à créer !) quand la ministre de l’écologie laisse entendre sur France Info à une heure de grande écoute que le gouvernement pourrait décider la fermeture de la centrale de Fessenheim. «S’il s’agit d’une pression exercée sur l’Autorité de sûreté nucléaire, alors c’est inacceptable», s’emporte Claude Birraux.
 
Dans leur rapport, les parlementaires planchent sur 3 scenarii qui, tous, doivent contribuer à la sécurité d’approvisionnement, à la lutte contre le changement climatique, à l’indépendance énergétique. Et garder comme ligne d’horizon le milieu du siècle.
 
Le premier est le maintien de l’atome au niveau actuel de la production d’électricité (autour de 75%), le second est une sortie «brutale et rapide » du nucléaire.Le dernier enfin décrit «une trajectoire raisonnée».
 
«Rester sur nos acquis», pour reprendre l’expression de Christian Bataille, suppose de remplacer progressivement les réacteurs actuels par des EPR d’Areva. Un scénario cher et audacieux. Cher, car le coût unitaire de l’EPR tourne, pour le moment, autour de 5 milliards d’euros. Ce qui met le montant du devis à près de 300 milliards d’euros. Certes, l’effet de série réduira sûrement le montant final de la facture, à condition de trouver rapidement une solution économique pour gérer les millions de mètres cubes de déchets générés par le démantèlement de 58 tranches de seconde génération. Ce qui est audacieux.
 
On l’aura compris, la sortie du nucléaire n’est pas non plus le choix de prédilection des députés. L’adaptation française de ce scénario à «l’allemande» est presque angoissante : démantèlement de 58 tranches, construction de 63 GW de capacités thermiques (à gaz), mise en service d’une vingtaine de GW renouvelables. Avec une facture, dont le montant atteint 210 milliards. Sans oublier le doublement de l’empreinte carbone du secteur électrique et la perte des 400.000 emplois directs et indirects de la filière nucléaire. Rien n’est dit, en revanche, sur les créations d’emplois dans les secteurs thermiques et renouvelables. Passer l’hiver dénucléarisé nécessitera aussi de restreindre la consommation d’électricité et d’importer davantage de gaz et d’électrons. Bref, la balance commerciale s’alourdira d’une cinquantaine de milliards d’euros par an. Car, dans le même temps, les industriels français ne seront pas capables d’exporter leurs turbines à gaz ni leurs éoliennes.
 
Reste la «trajectoire raisonnée». Elle consiste à prolonger la durée de vie de la moitié des réacteurs jusqu’à 50 ans et remplacer les tranches arrêtées par des EPR. Ce qui suppose, au total, la construction d’une trentaine d’exemplaires du «petit» dernier d’Areva en une quarantaine d’années. Ambitieux, si l’on regarde les délais de construction d’Olkiluoto 3 ou de Flamanville 3. Organisant «une transition progressive vers une moindre dépendance à l’énergie nucléaire», (on passerait de 75% de part du nucléaire dans la production d’électricité, à 50% vers 2050 et 30% vers 2100) ce programme n’est possible qu’à plusieurs conditions.
 
D’une part, que le bâtiment (43% de la consommation d’énergie primaire à lui seul) réduise son appétit. Les deux députés militent pour une généralisation de la construction de bâtiments basse consommation (BBC). Ils préconisent la création d’une autorité indépendante chargée d’accélérer la construction d’immeubles sobres. Ouvert au renouvelables, le système électrique «raisonné» pallierait le problème de l’intermittence de la production éolienne ou photovoltaïque par le développement des réseaux intelligents (smart grids) et des systèmes de stockage d’énergie : centrales de pompage-turbinage, unités de méthanation. La aussi, l’ardoise promet d’être salée.
 
Aussi intéressants soient-ils, ces exercices de prospectives souffrent d’au moins deux lacunes. Personne ne sait quelle sera l’évolution de la demande d’énergie, en général, et d’électricité en particulier. Les avis sont partagés entre ceux qui pensent que les effets conjugués du progrès (les appareils sont de moins en moins gourmands) et de la hausse des prix vont faire baisser la consommation de façon structurelle. D’autres craignent que les économies d’énergie obtenues dans certains usages suscitent des surconsommations dans d’autres (effets rebonds). «Un avatar sur Second Life consomme autant qu’un Brésilien, soit 5 kWh par an», résume Christian Bataille.
 
Parallèlement, le plus grand mystère règne encore sur le coût du démantèlement complet d’un réacteur de puissance et du traitement de ses déchets. Les experts seront peut-être plus éclairés sur ce dernier point lorsque la Cour des comptes publiera, dans les premières semaines de 2012, son rapport sur le prix de la filière nucléaire tricolore.


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