L’OPECST en plein brouillard de pesticides

Le 29 avril 2010 par Valéry Laramée de Tannenberg
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L’actualité agricole est décidément chaude, cette semaine. Après que les céréaliers ont envahi Paris, mardi, avec leurs puissants tracteurs, les parlementaires ont planché sur les pesticides. Mercredi, l’Office parlementaire des choix scientifiques et technologiques (Opecst) a ainsi rendu un rapport attendu sur les risques sanitaires des pesticides.

 « Un sujet sociétal », a justifié le député manchois Claude Gatignol. Et pour cause, avec 78.600 tonnes vendues, en 2008, la France reste le premier consommateur européen de ces molécules actives. Ce qui n’est pas aberrant pour la première puissance agricole de l’Union européenne. Pour autant, le sujet est sensible pour l’opinion. Dans l’imaginaire collectif, insecticides, nématocides et autres fongicides sont de fieffés poisons, avant d’être des auxiliaires de l’agriculture.

 Plus d’un Français sur deux considèrent que leur utilisation fait courir des risques aux populations, selon le dernier baromètre de l’IRSN sur la perception des risques. Le même sondage révèle qu’une majorité estime que les autorités ne leur disent pas toute la vérité sur les risques que font peser ces molécules sur la population. Des autorités à qui l’on ne fait d’ailleurs plus confiance pour gérer un tel risque.

 C’est peu dire que l’étude de Claude Gatignol et de Jean-Claude Etienne, sénateur de la Marne, était attendue. Hélas, elle ne devrait pas faire avancer le sujet. Car, leur principale conclusion est que l’on ne sait rien ou pas grand-chose. « Les effets sanitaires des intoxications aigües sont bien connus. En revanche, il est très difficile d’établir des relations de cause à effet pour les intoxications chroniques », confirme le sénateur Etienne, professeur de rhumatologie dans le civil.

 Pourtant, le Centre international sur le cancer a classé cancérigènes une vingtaine de pesticides, parmi lesquels l’arsenic, le DDT, le captafol ou le dibromure d’éthylène. Publié en 2008, un rapport de l’Inserm rappelle « que les expositions professionnelles aux pesticides ont été plus particulièrement mises en cause dans les hémopathies malignes lymphoïdes. Des études en cours suggèrent leur implication dans les tumeurs cérébrales et dans les cancers hormono-dépendants. » Portant sur une cohorte de 89.000 paysans américains, l’étude épidémiologique Agricultural Health Study avance des résultats troublants. Comme le doublement des risques de développer la maladie de Parkinson pour les personnes ayant épandu des pesticides.  

 Etudié depuis des décennies, le sujet n’aurait donc pas livré tous ses secrets. Ce qui s’explique assez facilement, selon les parlementaires. « L’un des principaux problèmes, souligne Jean-Claude Etienne, c’est qu’un pesticide est rarement utilisé seul. L’agriculteur épand plus souvent une palette de molécules. Or, si l’on peut déterminer l’effet d’une molécule, on sait peu de choses des effets d’un produit complexe. De plus, la réponse d’un individu à l’autre varie », explique Jean-Claude Etienne.

Autre incertitude : les conséquences de l’utilisation des pesticides par les jardiniers du dimanche. Là encore, c’est l’inconnu. « On sait que la main verte peut se transformer en main noire, plaisante Jean-Claude Etienne. Mais là non plus nous ne savons pas tout. »

 Problème : s’il reconnait les carences de la science, le rapport Etienne-Gatignol n’apporte que des réponses partielles. Ce dont convient d’ailleurs le sénateur de la Marne.

Bien sûr, les deux auteurs recommandent d’améliorer la veille sanitaire. Ce qui passe par la création d’un registre des cancers dans chaque département. Une bien veille antienne. Paradoxalement, les deux parlementaires appellent aussi à une simplification de la réglementation, histoire que les agricultures puissent désormais utiliser des « phyto » sur toute une famille de plantes et plus seulement sur une seule variété. Les agriculteurs devront aussi améliorer leur connaissance des meilleures techniques d’épandage. Last but not least, l’Opesct demande, évidemment, à ce qu’un nouvel effort de recherche soit mené, notamment pour déterminer les molécules les plus efficaces ainsi que les facteurs d’exposition des « pollinisateurs » : j’ai nommé les abeilles !  

 Relativement soft, tant dans son exposé des motifs que dans ses conclusions, le rapport ne fait pas l’unanimité. Dix membres, sur les 36 que compte l’Office parlementaire, ont pris part au vote. Dans un communiqué, publié jeudi après-midi, Marie-Christine Blandin, sénatrice Verte du Nord, dénonce «  la pitoyable tentative, juste avant le vote du Grenelle 2 à l’Assemblée Nationale, de légitimer le détricotage du consensus de réduction de 50% des pesticides prévu à l’horizon 2018. » Les débats du Grenelle s’annoncent difficiles. Et pas seulement pour l’éolien.



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