L’ONU loupe son sommet climat

Le 24 septembre 2019 par Valéry Laramée de Tannenberg
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L'activiste Greta Thunberg a reproché aux dirigeants de la planète leur inaction climatique.
L'activiste Greta Thunberg a reproché aux dirigeants de la planète leur inaction climatique.
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Peu de pays ont annoncé un réel renforcement de leurs ambitions climatiques.

 

Tout chef d’orchestre le sait : il est rarement bon d’ignorer le tempo écrit par le compositeur d’une symphonie. Pour avoir enfreint cette règle d’airain de la musique d’orchestre, le secrétaire général de l’ONU doit inscrire son sommet climat de lundi 23 septembre dans la colonne du passif. Cela partait pourtant d’une bonne intention.

Face à l’urgence climatique déclarée par la communauté scientifique et par quelques Etats, António Guterres a voulu accélérer le mouvement. Comme son prédécesseur l’avait fait en prévision de la COP 21, le patron de l’ONU a convoqué les chefs d’Etats et de gouvernements, en marge de l’assemblée générale annuelle, dans l’espoir de les voir annoncer de nouvelles mesures pro-climat.

un an trop tôt

Ce rendez-vous était prévu … en 2020. L’Accord de Paris fixe, en effet, pour l’an prochain, le premier changement de braquet climatique pour les parties à l’accord conclu lors de la COP 21. Engagées dans une négociation internationale (qui portera cette année sur les mécanismes économiques du climat, esquissés dans l’article 6 de l’Accord de Paris), les chancelleries n’ont pas voulu se faire ainsi forcer la main.

Certes, 66 gouvernements ont annoncé, lundi, leur volonté de s’engager (plus ou moins rapidement) sur la voie de la neutralité carbone. «Un projet de civilisation», a commenté Michal Kurtyka, ministre de l’environnement de Pologne et président de la COP 24. Un projet dont nul ne sait très bien comment le mettre en œuvre a souligné sa collègue allemande, Svenja Schulze, citée par Climate Home News.

Emprunt russe. Le gouvernement russe a annoncé, le 23 septembre, la ratification de l’Accord de Paris. La Russie est coutumière du fait: il lui a fallu 7 ans pour ratifier Kyoto. Moscou espère tirer profit de cet engagement. En cette année de rédaction des règles encadrant le commerce mondial des crédits carbone, le gouvernement de Vladimir Poutine entend valoriser les 41 milliards de tonnes de GES évitées depuis 1990. Pas gagné.

Grâce à la générosité d’une quinzaine de pays (dont la France), le fonds vert pour le climat devrait recevoir plus d’argent que prévu. Le bras financier de l’aide climatique onusienne se voit ainsi doter de 7,3 milliards de dollars. Paris accueillera, fin octobre, une conférence pour savoir quoi faire de cette manne. Nombre de grandes entreprises, de coalitions ont présenté des engagements « basés sur la science » dont les effets sur le climat sont impossibles à évaluer.

Quid des grands émetteurs?

Mais rien n’est venu du côté des grands émetteurs. Ni la Chine (30 % des émissions mondiales de CO2 anthropiques), ni l’Inde (7 %)[1], ni la Turquie (1,5 %) n’ont officiellement annoncé une baisse de leur programme de construction de centrales à charbon. Inquiétant, si l’on garde à l’esprit que l’empire du Milieu a toujours dans ses cartons 200 GW de nouvelles capacités de production au charbon. De quoi expédier près de 2 milliards de tonnes de CO2 supplémentaires par an.

Route de la Soie

Consternant, si l’on se souvient que son projet de Nouvelle route de la soie est, dans sa conception actuelle[2], un catalogue d’infrastructures de transport intercontinental (ports, routes, voies ferrées) et de production d’énergie qui ne contribuera en rien à alléger le bilan carbone du premier contributeur au renforcement de l’effet de serre. Ni des 125 autres pays concernés, dont 21 sont européens.

Seule bonne surprise: Donald Trump a foulé la moquette onusienne après avoir initialement décliné l’invitation d’António Guterres. Le président des Etats-Unis n’a rien annoncé. Il aurait pourtant pu se prévaloir d’un bilan carbonique honorable. Entre 2000 et 2017, l’Hyperpuissance a vu ses émissions carbonées diminuer de 14%[3]. En grande partie à cause de la substitution du charbon par le gaz non conventionnel. Ferventes supportrices du locataire de la Maison blanche, les gueules noires US apprécieront.



[1] L’Inde a promis de porter à 450 GW son objectif d’énergies renouvelables électriques en 2022, contre 170 GW initialement.

[2] A elle seule, la Chine pourrait investir 650 milliards de dollars d’ici à 2030 dans ce projet.

[3] Durant cette période, les émissions chinoises et indiennes ont pratiquement triplé.

 



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