L'OMS et le Pnue en guerre contre les perturbateurs endocriniens

Le 06 août 2013 par Marine Jobert
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La vie intra-utérine est particulièrement menacée par l'exposition aux perturbateurs endocriniens.
La vie intra-utérine est particulièrement menacée par l'exposition aux perturbateurs endocriniens.
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En février dernier, l'Organisation mondiale de la santé et le Programme des Nation-Unies pour l'environnement ont dévoilé un rapport sur les perturbateurs endocriniens qui fera date. Non pas tant par la teneur des informations qu'il contient -une recension des effets connus de ces produits chimiques, qui agissent sur les multiples glandes hormonales des êtres vivants- que par les messages d'alerte envoyés à des Etats plus que frileux sur le sujet. C'est également la reconnaissance du travail des ONG spécialisées en santé environnementale qui est validé.

Combien sont-ils? On l’ignore. Peut-on s’en protéger? Il semble que nous soyons tous contaminés. Quels effets ont-ils sur notre santé et celle des animaux? Personne ne le sait avec précision. Pas même l’Organisation mondiale de la santé et le Programme des Nations unies pour l’environnement (Pnue), qui ont lancé depuis deux ans la recension la plus complète possible concernant la présence et les effets des perturbateurs endocriniens (PE), ces substances chimiques[1] accusées d’interférer avec le fonctionnement hormonal des humains et des animaux. Leur rapport, intitulé «Etat de la science sur les produits chimiques ayant un effet perturbateur endocrinien», rappelle que dès 1996, les premiers doutes sur les effets des centaines de milliers de substances utilisées, sans aucun test, dans la vie courante, ont commencé à se faire jour. «Les produits chimiques occupent une place de plus en plus importante dans la vie moderne et sont essentiels à beaucoup d’économies nationales, mais leur gestion irrationnelle remet en cause la réalisation d’objectifs de développement essentiels et le développement durable pour tous», rappelle Achim Steiner, le secrétaire général adjoint de l’Organisation des Nations unies et directeur exécutif du Pnue. Ce rapport, conduit par le professeur suédois Åke Bergman, liste par le menu les preuves des implications des PE dans les problèmes de reproduction (infertilité, cancer, malformation), dans le fonctionnement de la thyroïde, du cerveau, de la survenance de l’obésité, dans les troubles du métabolisme et l’augmentation dramatique des cas de diabète de type 2.

 

Au moins 13 glandes commandent à notre corps et sécrètent toutes des hormones en jeu dans des mécanismes essentiels du développement. Mesurer, quantifier et qualifier leurs modes d’action est infiniment complexe. «Leur concentration dans le sang ne reflète pas forcément leur activité», note par exemple le rapport. La possible bio-accumulation et les contaminations croisées peuvent également jouer. Les effets des hautes dose ne sont pas les mêmes que les effets des doses faibles, d’autant que «le moment des expositions est crucial puisque les expositions pendant le développement conduisent le plus probablement vers des effets irréversibles, alors que les effets de l’exposition à l’âge adulte semblent s’atténuer quand les PE sont éliminés. La sensibilité aux PE est la plus haute pendant le développement des tissus», note l’étude. Car ce sont bien les enfants, dès la conception et jusqu’à la puberté, qu’il faudrait protéger de l’exposition. Les femmes enceintes –et celles qui envisagent d’enfanter- doivent donc se tenir également le plus possible à l’écart des pesticides, des retardateurs de flamme, des additifs plastiques et des cosmétiques, ou de résidus contaminants dans l’alimentation ou dans les récipients utilisés pour se nourrir.

 

Le rapport délivre plusieurs messages très universels. A savoir que la reproduction est la pierre angulaire de la perpétuation des espèces et qu’un système endocrinien en bon état est indispensable. Or les alertes se multiplient. Jusqu’à 40% des hommes, dans certains pays, ont un sperme de piètre qualité, qui réduit leur possibilité d'engendrer. L’inquiétude pointe aussi pour les tout-petits: les malformations chez les bébés garçons ont cru de façon inquiétante et les naissances prématurées ou de bébés de petit poids se multiplient. Les adolescents sont également touchés: la poitrine des filles se développe anormalement tôt dans les pays développés étudiés, ce qui est un facteur de risque pour les cancers du sein. La bonne santé des adultes est également en jeu: le taux de cancers hormono-dépendants (sein, endomètre, ovaire, prostate, testicule, thyroïde) ne cessent d’augmenter depuis 50 ans. Enfin la prévalence de l’obésité (1,5 milliard de personnes) et du diabète de type 2 (passant de 153 millions à 347 millions entre 1980 et 2008) a spectaculairement augmenté dans le monde entier depuis 40 ans.

 

Le rapport pointe les zones d’ombre, comme le lien entre l’exposition à des PE au stade fœtal et la survenue de cancer des testicules entre 20 et 40 ans, ou encore la nécessité d’observer les expositions et les effets des PE pendant des phases critiques comme la puberté.

Les études doivent être menées de front chez les humains et chez les animaux, préconise le rapport, afin de disposer de preuves scientifiques solides. D’ailleurs, les maladies développées par l’un se retrouvent souvent chez l’autre (obésité, maladie auto-immune, problème cardiaque, etc.). Et les effets des PE combinés entre eux sont totalement ignorés. Le rapport estime que les actions de réduction des expositions de la part des gouvernements, quoique limités, sont efficaces (comme l’interdiction ou les restrictions concernant le plomb, les PCB ou les POPs). Globalement, «le risque de maladie dû aux PE est probablement sous-estimé de façon significative», conclut l'étude.

«Il est temps de retourner le problème dans le bon sens et de partir du droit à un environnement et à un corps vierges de substances industrielles pour donner une nouvelle mission historique à la chimie. L’industrie chimique doit prendre ses responsabilités et rebondir: cela ne signifie pas la mort de la chimie mais au contraire un nouveau départ dans une direction conforme avec la santé publique, la santé des travailleurs et la protection de la biodiversité» a commenté Yannick Vicaire, chargé de mission au Réseau environnement santé. Depuis Théo Colborn et son livre d'alerte «L'homme en voie de disparition», une quinzaine d'années a passé. Avec ce rapport, l'OMS et le Pnue viennent de donner un coup d'accélérateur significatif à la problématique des PE, en envoyant un message politique sans équivoque aux dirigeants politiques.

 



[1] Environ 800 produits sont dans le collimateur, mais seuls quelques uns ont été étudiés et leurs effets précis identifiés. La plupart des produits aujourd’hui utilisés n’ont fait l’objet d’aucune étude.

 

 



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