L'Oktoberfest fait la fête au climat

Le 29 octobre 2019 par Valéry Laramée de Tannenberg
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17 millions de pintes sont éclusées en 2 semaines.
17 millions de pintes sont éclusées en 2 semaines.
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Attirant des millions de visiteurs, la grande fête de la bière de Munich produit des déchets, des eaux usées et du méthane, un puissant gaz à effet de serre.

 

Quel peut être le bilan environnemental de 6 millions de personnes appelées à festoyer pendant 2 semaines en un même lieu ? Pas terrible. Et à tout point de vue. Prenons l’exemple, au hasard de la fête de la bière de Munich. L’Oktoberfest de Munich est une institution mondiale. Durant les deux premières semaines de l’automne, elle accueille plus de 8 millions de visiteurs.

Lourd bilan environnemental. Selon la ville de Munich, un visiteur génère moins de 200 gr/jour de déchets. A la fin du festival, la capitale la Bavière doit gérer un millier de tonnes de résidus supplémentaire. C’est beaucoup. Mais le remplacement de la vaisselle jetable par des assiettes lavables a réduit de 90% la production de déchets. La vaisselle, en revanche, a accru la production d’eaux usées, estimée à 100 millions de litres d’eau. L’éclairage et le chauffage de la vingtaine de tentes géantes consomme près de 3 millions de kWh d’électricité et 200.000 m3 de gaz naturel.

Durant la quinzaine, ces joyeux fêtards consomment un demi-million de poulets, des centaines de milliers de saucisses et de côtes de porcs. Et descendent 17 millions de pintes de bière bavaroise et 120.000 bouteilles de vin. Bien sûr, on peut choisir des grillades estampillées bio. Vieux de 500 ans, le décret allemand sur la pureté de la bière garantit un breuvage exempt de végétaux génétiquement modifiés.

instrumenter la fête

Espiègles, des chercheurs de l’université technique de Munich (TUM) ont voulu évaluer le bilan méthane de la fête. Pas idiot, en réalité. Le méthane est un gaz à effet de serre 28 fois plus puissant que le CO2. Et ses émissions, notamment urbaines, restent méconnues. Ce qui ne facilite pas le suivi d'un plan climat, par exemple. L’article à paraître dans Atmospheric chemistry and physics lève un peu le voile.

Lors de l’édition 2018, Jia Chen et Florian Dietrich ont instrumenté le site munichois de l’Oktoberfest. Rien n’échappait à leur vigilance électronique: ni le vent, ni les émissions de méthane (CH4), ni celle d’éthane (C2H6), un traceur du méthane d'origine géologique (par opposition au méthane biogénique produit par des êtres vivants).

10 fois plus que les fuites de Boston

Finalement, les détecteurs ont parlé. Durant les festivités, les émissions de méthane ont été évaluées à 1.500 kilogrammes. Cela peut paraître insignifiant. Mais c’est 10 fois supérieur aux fuites de gaz naturel (riche en méthane) du très poreux réseau de distribution de la ville de Boston. D’où vient ce méthane: à 90% des appareils de cuisson et de chauffage, répondent les scientifiques de la TUM. La contribution des rots, des pets et de la respiration des festivaliers est donc marginale (moins de 10%).

Conclusion: le bilan climatique de nos événements festifs (notamment ceux organisés à la fraîche) est probablement minoré. Chaque année, indique la Sacem, les Français participent à près de 2.000 festivals. Selon les dernières données du Citepa, la France émet officiellement près de 2,3 Mt de méthane par an. Un chiffre probablement à revoir à la hausse.



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