L’offshore: une impossible gestion?

Le 25 février 2011 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Sans régulation, l'exploitation des ressources marines pourrait s'avérer catastrophique.
Sans régulation, l'exploitation des ressources marines pourrait s'avérer catastrophique.

Objet de toutes les convoitises, la haute mer est mal protégée. À la veille d’une nouvelle période de conquêtes des ressources marines, il est urgent d’améliorer la gouvernance de ce Res Nullius.

Chasse à la baleine, pêche du thon rouge, exploitation des hydrocarbures au large: trois exemples d’activités marines dont la régulation s’avère déficiente.

 

Le Japon contourne le moratoire sur la chasse aux grands cétacés en collectant des spécimens de rorquals et autres mysticètes pour, soi-disant, faire avancer la science. Il aura fallu l’exceptionnelle mobilisation populaire et médiatique de ces deux dernières années pour que les recommandations d’abaissement des quotas de pêches au thon rouge, édictées depuis une décennie par la convention internationale pour la conservation des thonidés de l’Atlantique (ICCAT, selon l’acronyme anglais) soient mises en œuvre. Au large des côtes d’Afrique de l’ouest, l’extraction du pétrole et du gaz offshore se développe sans qu’aucun des pays riverains ne soient en mesure de contrôler les méthodes et les actions des compagnies pétrolières.

 

Co-organisé par l’Institut français de recherche pour l’exploitation des mers (Ifremer) et l’Association des journalistes de l’environnement, un séminaire a fait le point, vendredi, sur les délicates questions de gouvernance de la haute mer. Un sujet qui se situe à la confluence de l’environnement, de l’économie et de la géostratégie.

 

Couvrant 70% de la surface de la planète, les océans sont mal connus et très mal protégés. Signée en 1982, la Convention de Montego Bay sur le droit de la mer précise toute une série de notions, dont celles de mer territoriale, de zones économiques exclusives et de plateau continental. Non ratifiée par la Turquie et les Etats-Unis, elle souffre d’une autre tare: la colonne d’eau ne bénéficie d’aucune mesure de protection.

 

Cet oubli est parfois comblé par d’autres textes, comme la Convention Ospar ou la Convention de Barcelone (pour la Méditerranée).Toutefois, ces lois régionaules ne s’appliquent qu’à leur zone de couverture (Atlantique nord-est pour Ospar et Méditerrannée pour la Convention de Barcelone). Pis, les navires ne battant pas pavillon des pays signataires de ces conventions ne sont pas tenus de les respecter. Gênant lorsqu’il s’agit, par exemple, de sanctuaire marin.

 

Autre difficulté: de nombreux organismes onusiens produisent, dans leur coin, du droit de la mer. La FAO s’occupe de la pêche. L’Autorité internationale des fonds marins attribue droits de propriété et d’exploitation sur le fond des mers. L’Organisation maritime internationale (OMI) ne traite que des questions intéressant la marine marchande. L’Unesco tente de faire avancer les sciences marines .

 

«En apparence, témoigne Lucien Chabason, conseiller à l’Institut du développement durable et des relations internationales (IDDRI), il y a une unité philosophique découlant de la convention de Montego Bay.» Dans les faits, chacun de ces organismes s’occupe de ses affaires, sans en référer aux autres. Ce qui explique certains trous béants dans la gouvernance actuelle.

 

L’OMI a totalement omis de réguler les activités de la plaisance. Une zone marine protégée n’a de caractère officiel, pour les officiers de marine, que si elle est notifiée sur les cartes éditées par l’OMI. Or, l’institution londonienne persiste à ne   reporter sur ses cartes que ses 11 zones particulièrement sensibles (PSSA en jargon onusien). Les parcs nationaux marins (Mer d’Iroise, 4.000 km 2) ou les sanctuaires, comme Pelagos (87.500 km 2) comptent donc pour des nèfles aux yeux des navigants professionnels.

 

Cette fragmentation de la gouvernance s’avère des plus inquiétantes alors que les pressions qui s’exercent sur les milieux de surface et sous-marins vont s’accroître. «Depuis que l’on a pris conscience de la rareté des métaux stratégiques, on s’intéresse de plus en plus à l’exploitation des ressources minérales et énergétiques marines», confirme Pierre Cochonat, directeur-adjoint des programmes et de la coordination des projets de l’Ifremer.

 

En mer de Bismarck, la compagnie Nautilus Minerals entend exploiter prochainement un amas sulfuré situé à 1.600 mètres de fond : une première mondiale ! Riche en or, en cuivre, en argent et en zinc, ce site «minier» pourrait dégager une rentabilité de 30%, au bout de sa quatrième année d’exploitation, estime le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM). Une évaluation à faire pâlir d’envie les géants du secteur. Areva, Eramet et Technip collaborent déjà avec l’Ifremer pour se préparer à exploiter ces gisements supposés mirifiques. D’autres suivront.

 

Mais la main de l’homme ne se contentera pas des richesses du sous-sol marin. Profitant des rapides progrès de la génétique, les laboratoires du monde entier séquencent l’ADN d’organismes marins, dissèquent les mystérieux poissons des grands fonds dans l’espoir de mettre à jour des molécules miracles. Et cela commence à payer.

 

«Les choses vont vite, reconnaît Sophie Arnaud-Haond, du laboratoire environnement profond de l’Ifremer. Les industriels des cosmétiques, de la lutte anti-pollution, de la bio-remédiation, de l’agro-alimentaire, de la pharmacie, voire de l’informatique utilisent déjà des molécules extraites d’organismes des grands fonds. Certes, cela ne représente, pour le moment, que 1,2/ oo des brevets déposés, mais cela augmente de 12% par an. Sachant qu’il faut de 10 à 15 ans pour passer de la découverte au produit fini, on peut s’attendre à une explosion d’applications issues de la biotechnologie marine dans une dizaine d’années.» 

 

A un moment où la concurrence pour l’accès aux ressources naturelles s’exacerbe, est-il possible de renforcer la préservation des milieux marins tout en développant les activités extractives?

 

La question n’est, officiellement, pas à l’ordre du jour. Ce qui n’empêche pas les juristes et les chercheurs de proposer des solutions. La révision de la convention de Montego Bay semblant totalement hors de portée, certains optent pour la conclusion d’un accord additionnel à ladite convention sur la gestion des ressources génétiques marines.

 

En s’appuyant sur l’exemple donnée par la Convention de Barcelone, d’autres suggèrent de créer des zones marines protégées en haute mer. A condition, bien sûr, que l’IMO les indiquent sur ses cartes. Lucien Chabason milite pour autre solution. L’ancien président du Plan Bleu propose tout simplement d’étendre à la colonne d’eau les pouvoirs conférés à l’Autorité internationale des fonds marins.

 

Quelle que soit la solution retenue, le temps presse. L’exploitation industrielle des nodules polymétalliques et des gisements contenus dans les amas sulfurés n’est plus qu’une question d’année, voire de mois. Les richesses en hydrocarbures de l’Arctique poussent les pays riverains (le Canada, les États-Unis, le Danemark, la Russie et la Norvège) à empêcher l’établissement de toute mesure de protection de la région. Et sous l’effet des changements climatiques, des populations de poissons, comme les maquereaux de l’Atlantique du nord-est, remontent vers le nord en quête d’eaux plus froides. Une migration qui place l’Europe et l’Islande au bord de la crise de nerf.

 



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