L’océan Austral respire de nouveau à pleins poumons

Le 11 septembre 2015 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Rien ne change, en revanche, pour la navigabilité de l'océan austral.
Rien ne change, en revanche, pour la navigabilité de l'océan austral.
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L’océan Austral aurait-il retrouvé sa capacité pulmonaire? Des climatologues le pensent. Ces dernières années, les scientifiques estimaient que les eaux encerclant le continent antarctique avaient perdu leur capacité à absorber le gaz carbonique de l’atmosphère. Un passé révolu.

En se basant sur des modèles mathématiques, d’éminents climatologues, comme Corinne Le Quéré, ont pensé que le puits de carbone antarctique était en passe de se combler. Leur postulat était le suivant: plus la concentration de gaz carbonique dans l’atmosphère est élevée, plus l’océan Austral en absorbe et, ce faisant, accroît la concentration de CO2 dans l’eau de mer. Or, depuis les années 1980, les mers australes absorbent peu ou prou le même volume de CO2, alors que les concentrations dans l’air du principal gaz à effet de serre ont fortement progressé en trois décennies.

40% du CO2 d’origine anthropique

Un phénomène a priori fâcheux pour le climat. Occupant un quart de la surface océanique planétaire, l’océan Austral avait jusque-là la capacité de gober, à lui seul, jusqu’à 40% du CO2 d’origine anthropique. La diminution de sa capacité à éponger le dioxyde de carbone superflu, c’est la certitude de voir s’accélérer le réchauffement climatique.

Mais ça, c’était avant. Dans un article que publie Science, une équipe d’océanographes dirigée par Nicolas Gruber (Ecole polytechnique de Zurich) montre que le rétrécissement de l’appétit carbonique des cinquantièmes hurlants appartient au passé.

Retournement

Les scientifiques ont évalué les concentrations de gaz carbonique dans les eaux superficielles; une donnée de base pour quantifier le flux de dioxyde de carbone entre l’air et la mer. Ils ont aussi comparé les flux résultants avec des estimations basées sur des mesures de gaz carbonique atmosphérique. Les concentrations calculées de dioxyde de carbone dans les eaux de surface, confrontées aux estimations basées sur les données de CO2 atmosphérique, démontrent que le puits de carbone de l’océan Austral a augmenté autour de 2002. En 2010, l’absorption de carbone était à nouveau comparable au niveau attendu sur la base de la seule augmentation du CO2 atmosphérique.

Comment expliquer pareil retournement? Par un changement des conditions météo, affirment les scientifiques. Depuis une quinzaine d’années, un puissant système de haute pression s’est développé au-dessus du secteur Atlantique de l’océan Austral, tandis que des basses pressions s’installaient côté Pacifique.

Le gradient de pression atmosphérique entre ces régions a modifié le régime des vents, qui désormais soufflent moins fort et en régime ondulatoire, alors que dans les années 1990, ils bousculaient les nuages, d’ouest en est. La puissance d’Eole entraînait la remontée (upwelling) vers la surface de grands volumes d’eaux des profondeurs, plus fortement chargées en CO2 que les eaux de surface. Leur remontée induisait une émission anormale du gaz à effet de serre dans l’atmosphère, provoquant une stagnation, voire un déclin, de l’absorption nette de CO2 par l’océan.

Absorber plus de carbone

Brassant moins les eaux profondes, les vents ont aussi chauffé les eaux de surface, en apportant à l’Atlantique Sud de l’air chaud venu des latitudes subtropicales. Dans le même temps, le système de pression anormalement faible du Pacifique Sud a déplacé des masses d’air exceptionnellement froides depuis l’intérieur du continent Antarctique vers ce secteur de l’océan Austral, y provoquant un refroidissement substantiel.

Affaiblissement des vents et modification des températures expliquent en grande partie le renforcement du puits de carbone de l’océan Austral. Le refroidissement des eaux de surface dans le secteur Pacifique leur permet d’absorber plus de carbone.

Dans le secteur Atlantique, les changements de circulation provoqués par le vent sont probablement responsables de la plus grande absorption de CO2 atmosphérique par l’océan. Normalement, ce secteur de l’océan Austral est caractérisé par un upwelling significatif des eaux profondes, ce qui augmente la quantité de carbone inorganique dissous dans la couche de surface, limitant ainsi son absorption depuis l’atmosphère. L’affaiblissement  du  système d’upwelling  ces  dernières années  permet maintenant à l’océan d’absorber plus de CO2.

 



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