L'Océan arctique restera-t-il un puits de carbone?
Le 27 juillet 2010 par Valéry Laramée de TannenbergJusqu’à présent, les océanographes étaient optimistes. La fonte annoncée des glaces laissait supposer un développement de la vie océanique dans l’océan arctique. Des myriades de phytoplanctons qui, en prospérant grâce à un nouvel afflux d’énergie solaire, absorberaient de grandes quantités de gaz carbonique atmosphérique. Cette vision idéale vient de prendre un sérieux coup dans l’aile. Dans un article publié, la semaine passée dans Science, Wei-Jun Cai, biogéochimiste de l’université de Géorgie (Etats-Unis) annonce, en effet, que la concentration en CO2 de l’Océan arctique s’est considérablement accrue, ces dernières années. Pis, ce phénomène pourrait limiter le développement de la biomasse marine, absorbeuse de dioxyde de carbone.
Après une campagne de mesure, réalisée en 2008 sur un brise-glace chinois, au large du Canada, la biogéochimiste a mesuré des teneurs en CO2 à la surface de l’eau arctique variant entre 320 et 360 ppmv. Dans les années 1990, les concentrations dans la même zone variaient de 260 à 300 ppmv. Les teneurs observées par Wei-Jun Cai et son équipe se rapprochent de celles observées dans l’atmosphère (autour de 389 ppmv, selon l’observatoire de Mauna Loa, ndlr). Au total, ont calculé les scientifiques, l’océan arctique engloutirait entre 5 et 14% du CO2 absorbé par les océans (selon la taille des glaces), alors qu’il ne couvre que 3% des surfaces marines mondiales.
Cet appétit n’étonne pas les scientifiques. Le gaz carbonique se dissout mieux dans l’eau froide que dans les eaux chaudes. Ce qui inquiète véritablement les biologistes, c’est la pauvreté de la production primaire dans ces eaux richement carbonée. Pauvre en plancton, les eaux de l’arctique pourraient donc ne plus absorber de carbone en cas de disparition des glaces de mer.
Inquiétante, l’hypothèse formulée par Wei-Jun Cai ne convainc pas tous les spécialistes. Interrogé par Nature, Bob Anderson, de l’université Columbia de New York, rappelle que les concentrations de phytoplanctons dépendent des flux de nutriments qui peuvent grandement évoluer selon les saisons et les régions. Un pessimisme partagé par Jean-Éric Tremblay. Pour le biologiste de l’université Laval de Québec, les phénomènes observés au large des côtes canadiennes pourraient ne pas être représentatifs des mécanismes en jeu dans d’autres régions de l’océan arctique ou à proximité des côtes. A suivre, donc…
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