L’OCDE veut réorienter les aides à l’agriculture en faveur de l’environnement

Le 30 juin 2020 par Stéphanie Senet
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La hausse de la productivité s'est faite au détriment de la protection de l'environnement
La hausse de la productivité s'est faite au détriment de la protection de l'environnement
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Les aides publiques à l’agriculture devraient davantage favoriser les pratiques durables et résilientes au changement climatique, selon un rapport publié ce 30 juin par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).

Entre 2017 et 2019, les 54 pays[1] étudiés par l’OCDE ont versé 620 milliards d’euros par an au titre de leurs différents programmes de soutien. Déduction faite des taxes versées par les agriculteurs (78Md€), les versements atteignent 542 Md€.

Les trois quarts de la manne totale ont directement bénéficié aux producteurs (469 Md€) et la moitié à travers des mécanismes de soutien susceptibles de fausser le marché (soutien des prix du marché et subventions liées à la production sans contraintes d’intrants). Parallèlement, six pays dont l’Argentine et l’Inde, ont également accentué les distorsions du marché en taxant certaines productions agricoles.

Hausse des émissions par hectare

Autre constat: les mesures visant à accroître la préservation de l’environnement et l’atténuation du changement climatique ont été plus marquées en 2019. Sans pour autant obtenir d’effets concluants. Le rapport observe en effet que si la productivité agricole s’est améliorée dans l’ensemble, les performances environnementales n’ont guère progressé. «La plupart des pays ont seulement amélioré leur bilan azoté ou voient au moins son solde augmenter moins vite que la productivité», notent les auteurs. Par ailleurs, les émissions de gaz à effet de serre par hectare continuent d’augmenter.

Soutien à l’innovation et paiements ciblés

«Plusieurs stratégies peuvent pourtant aider l’agriculture à être plus productive tout en étant plus durable et plus résiliente», estime l’OCDE. L’Organisation met en avant un soutien budgétaire au secteur en faveur de l’innovation. «Un huitième seulement de ces soutiens est aujourd’hui consacré aux systèmes d’innovation, d’inspection et de contrôle, et aux infrastructures rurales», relève-t-elle. Autre piste: développer les paiements ciblés sur la fourniture de biens d’intérêt public, encore trop rares. Au contraire, les politiques agricoles actuelles soutiennent trop largement les revenus au détriment de la productivité et de la durabilité, selon l’opus de 500 pages.

Lutte contre les distorsions

En guise de recommandations, les auteurs préconisent un démantèlement graduel mais constant des mesures nuisant à l’efficacité du marché comme aux performances environnementales du secteur. Objectif : réduire les distorsions intrasectorielles tout en réduisant les pressions sur l’environnement. Des fonds devraient au contraire être dégagés pour financer des mesures plus ciblées, favorisant en particulier l’atténuation et l’adaptation au changement climatique.

Ils recommandent aussi la fin des restrictions commerciales imposées dans le cadre de la lutte contre la pandémie et l’amélioration du soutien apporté individuellement aux producteurs en fonction de résultats quantifiables.

Eco-conditionnalité et analyse des revenus

Du côté des mesures agroenvironnementales, l’idée est de renforcer les exigences liées aux pratiques agricoles, y compris en rendant obligatoire l’éco-conditionnalité des aides. Avec une analyse de la situation financière des ménages agricoles pour supprimer les défaillances du marché qui perpétuent les faibles revenus. Plus largement, les pouvoirs publics doivent donner la priorité aux investissements renforçant la capacité des agriculteurs à gérer les risques actuels et à s’adapter à l’environnement et en particulier au changement climatique, concluent-ils.

Sur le vieux continent

Dans l’Union européenne, les soutiens à l’agriculture ont régressé depuis les années 90. L’OCDE observe une baisse des distorsions de prix mais le maintien de mesures de protection commerciale dans un certain nombre de secteurs. L’éco-conditionnalité a par ailleurs fortement progressé. 60% des paiements aux agriculteurs sont soumis à des contraintes environnementales obligatoires. Auxquels il faut ajouter 14% pour des pratiques agroenvironnementales volontaires. Ce qui ne garantit toutefois spas leur efficacité. Selon un rapport de la cour des comptes européenne, la PAC 2014-2020 a échoué à enrayer le déclin de la biodiversité des terres agricoles.

 

 



[1] 37 pays membres de l’OCDE, les pays de l’UE non membres et 13 économies émergentes ou en développement (Argentine, Brésil, Chine, Costa Rica, Inde, Indonésie, Kazakhstan, Philippines, Russie, Afrique du Sud, Ukraine et Vietnam