L’OCDE poursuivra le WWF pour violation des droits de l’homme

Le 09 janvier 2017 par Marine Jobert
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Les pères Baka sont très impliqués dans l'éducation.
Les pères Baka sont très impliqués dans l'éducation.
Surviva International

Les Baka, un peuple de chasseurs-cueilleurs chassé de la forêt camerounaise par les exactions de gardes armés, financés par le WWF, ont réussi à convaincre l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) d’appliquer à l’ONG environnementale les mêmes exigences que celles imposées aux multinationales par l’organisation.

 

C’est une première: une ONG va devoir répondre de violation des droits de l’homme, au même titre qu’une multinationale. Ainsi en a tranché l’OCDE, qui a jugé recevable le 5 janvier la plainte déposée par Survival International contre le WWF International en février 2016.

 

Tortures dans la forêt tropicale

Les faits reprochés à l’ONG suisse remontent au début des années 2000, lorsque plusieurs réserves naturelles ont été constituées avec son soutien actif, et sans le consentement des Baka, un peuple de chasseurs-cueilleurs du sud-est du Cameroun, fort de 30 à 40.000 individus installés depuis des générations dans des forêts tropicales. Coupés de leur environnement ancestral, les Baka ont été aux prises avec des brigades «militaires lourdement armées». Dédiés à la lutte contre le braconnage et largement financés par le WWF International, ces ‘écogardes’ auraient multiplié les violences physiques et les cas de torture, chassant les Baka de leurs terres. «[Ils] les considèrent comme des inférieurs, et comme des cibles bien plus aisées que les braconniers professionnels», décrit Survival International. Tout en reconnaissant que le gouvernement camerounais porte la «principale responsabilité» dans cette affaire, l’ONG estime que le WWF porte une «responsabilité majeure, à cause du soutien qu’il a octroyé au gouvernement et à cause de ses engagements envers le respect des droits humains des peuples indigènes [que le WWF a validés antérieurement]». L’OCDE reproche notamment au WWF de ne pas avoir réagi pour mettre fin aux exactions, pourtant dénoncées à maintes reprises par différents observateurs.

 

Principes directeurs

Pour amener l’organisation d’entraide économique à intervenir dans ce conflit, Survival International s’est appuyée sur les principes directeurs habituellement destinés aux entreprises multinationales, qui sont des «recommandations que les gouvernements (leur) adressent afin de favoriser une conduite raisonnable dans les domaines (…) des droits de l'homme, de l'environnement (…) ou de la lutte contre la corruption». Dans un communiqué, Stephen Corry, le directeur de Survival International, ne mâche pas ses mots. «Le WWF n’a rien fait d’efficace pour résoudre les problèmes de ces milliers de personnes dépossédées et maltraitées à cause de ses projets.(…) Quelle que soit la qualité du travail qu’il peut réaliser ailleurs, rien n’excuse le fait que le WWF finance des abus concernant les droits de l’homme. Les grandes organisations de protection doivent cesser cette collusion dans le vol des terres tribales. Ces peuples (…) devraient être à la tête du mouvement environnemental.»

 

Le WWF ne nie pas les accusations

Interrogé lors du dépôt de la plainte, Phil Dickie, porte-parole pour le WWF international, avait alors indiqué au Journal de l’environnement que son organisation s’était employée «à protéger les forêts et améliorer la situation (des Baka) depuis deux décennies». Tout en défendant le travail des écogardes, «essentiels pour les forêts», il ne niait pas la réalité des accusations portées par Survival International. L’ONG affirmait –sans les détailler- avoir pris des mesures, en coopération avec le ministre camerounais pour les forêts et la faune, «avec pour résultat que le niveau et la gravité des accusations ont considérablement diminué dans les zones dans lesquelles travaille le WWF». C’est désormais à l’antenne suisse de l’OCDE qu’il appartient de se pencher sur ce différend.

 

 

 

 



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