L’OCDE donne un coup d’arrêt au développement du charbon

Le 18 novembre 2015 par Valéry Laramée de Tannenberg
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La salle des pendus, dans une mine de charbon.
La salle des pendus, dans une mine de charbon.
VLDT

Les 34 pays les plus industrialisés vont considérablement réduire leurs aides à l’export des centrales au charbon.

Auditionné mardi soir au Sénat français, le commissaire européen à l’action climatique n’avait pas trop le cœur à la fête: «En sortant de la pré-Cop, j’étais plutôt optimiste, mais quand je vois le sommet du G20, je suis pessimiste à propos de la COP 21», soulignait Miguel Arias Cañete. Voilà de quoi lui redonner des couleurs. Ce mercredi 18 novembre, l’Organisation pour la coopération et le développement économiques (OCDE) a porté un rude coup au développement de l’énergie charbon.

Deux ans de discussions

Après deux ans d’intenses négociations, menées notamment par les Etats-Unis, les membres de l’organisation basée à Paris se sont accordés pour réduire considérablement leurs aides à l’exportation des centrales électriques à charbon. «C’est un premier pas important pour aligner les politiques de soutien aux exportations avec les objectifs climatiques», commente Pekka Karkovirta, patron des relations internationales de l’agence finlandaise d’aide aux exportations Finnvera.

Entre 2007 et 2014, les crédits à l’export des pays de l’OCDE pour le charbon ont représenté 34 milliards de dollars (32 Md€): presque la moitié des soutiens publics à cette énergie fossile au niveau international, rappelle le WWF.

Un premier pas, effectivement. Car, pour faire signer les 34 membres de l’OCDE, les diplomates américains ont dû faire quelques concessions. Le Japon et la Corée du Sud s’inquiétaient de ne plus pouvoir exporter leurs centrales, laissant le champ libre à leurs compétiteurs chinois. Le gouvernement australien ne doit pas braquer ses producteurs de charbon, dont les plus importants font partie de la coalition conservatrice au pouvoir à Camberra.

Captage du CO2

Résultat: l’interdiction, le but poursuivi par Washington, souffre de quelques exceptions. Les membres de l’OCDE s’accordent pour ne plus soutenir l’exportation de grosses centrales au charbon à faible rendement (utilisant les technologies sous-critiques). En revanche, les installations de taille moyenne, à technologies ultra-super-critiques[1] ou dotées de systèmes de captage-stockage de CO2 (CSC) pourront toujours être aidées. Autorisation donnée aussi à l’exportation de petites centrales (moins de 500 mégawatts) vers des pays en développement où au moins 10% de la population n’a pas accès à l’électricité.

L’Allemagne critiquée

Cet accord, qui doit prendre effet le 1er janvier 2017 (et qui devra être révisé dès 2019), est déjà critiqué. «A cause de divergences internes, l’Europe a été incapable de prendre la tête de ces négociations. Nous déplorons notamment le rôle contreproductif joué par l’Allemagne, la République tchèque, la Slovaquie et la Pologne. Le cas de l’Allemagne, qui prétend être un ’champion climatique’, montre clairement comment les intérêts industriels ont pris le pas sur les engagements climatiques. Il est regrettable que la position de la France n’ait pas été suivie par d’autres pays: en mettant un terme à tout crédit à l’export pour les centrales à charbon, la France est le seul pays aligné sur l’objectif des 2°C», estime Sébastien Godinot, économiste au bureau des Politiques européennes du WWF.

Quid des banques?

La Maison blanche, qui s’est beaucoup investie dans ces tractations, en défend le fruit. «Cela devrait tarir 85% des financements de centrales au charbon», souligne-t-on à Washington. Il n’était d’ailleurs que temps: selon une étude du World Resources Institute (WRI), 1.200 projets de centrales au charbon sont actuellement à l’étude dans le monde, dont près de 80% en Chine et en Inde. Deux pays qui ne sont pas tenus de respecter la nouvelle norme de l’OCDE. Pas plus que les banques privées.

Dans un discours prononcé ce mercredi 18 novembre, la ministre britannique de l’énergie, Amber Rudd, a annoncé la fin de l’exploitation des centrales au charbon au Royaume-Uni. Cette fin était de toute façon prévisible. Londres ferme ses dernières mines de charbon et n’entend pas investir pour adapter ces vieilles installations aux normes IPPC.

Reste à savoir si ce genre d’investissement est encore rentable. A la suite du Crédit Agricole et de Natixis, Société Générale confirme vouloir réduire la voilure de ses investissements dans le charbon. «Dès à présent, Société Générale n’interviendra plus dans le financement des projets de centrales thermiques à charbon dans les pays de l’OCDE à revenus élevés et dans le financement des projets de développement de mines de charbon», annonce la banque dans un communiqué.



[1] L’une des spécialités d’Alstom Power, désormais propriété de General Electric.

 



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