L’OCDE appelle à une réforme écologique de l’économie

Le 16 mars 2012 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Supprimer les subventions aux hydrocarbures.
Supprimer les subventions aux hydrocarbures.

Après le Pnue et l’AIE, l’OCDE appelle à modifier les fondamentaux de notre économie. Il y va presque de notre survie, estime l’institution basée à Paris.

Paradoxe. Alors que l’écologie, la protection de l’environnement ou la lutte contre les changements climatiques ont totalement disparu de la campagne présidentielle, l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) rappelle les candidats (et les autres!) à l’ordre.

Pesant quelque 350 pages, le dernier rapport produit par l’organisation d’études économiques rappelle les principales problématiques environnementales et la nécessité de relever le défi qu’elles nous posent collectivement.

«Ces dernières décennies, l’humanité a bénéficié d’une croissance et d’une prospérité sans précédent; la taille de l’économie mondiale a plus que triplé depuis 1970, tandis que la population de la planète augmentait de plus de 3 milliards de personnes pour atteindre 7 milliards aujourd’hui. Or cette croissance s’est accompagnée d’une pollution de l'environnement et d’un épuisement des ressources naturelles qui pourraient bien, à terme, compromettre le développement humain», annonce, d’entrée de jeu, l’institution basée à Paris.

Fondée sur les travaux de modélisation menés conjointement par l'OCDE et l’agence d’évaluation environnementale des Pays-Bas (PBL), Les Perspectives de l’environnement de l’OCDE à l’horizon 2050 se focalisent sur les 4 domaines jugés les plus urgents: changement climatique, biodiversité, eau et effets de la pollution sur la santé.

Des problèmes qui, si l’on n’y prend garde, ne feront que s’aggraver. Au détriment de l’environnement, bien sûr, mais aussi de l’homme et de… l’économie. Pour reprendre une phrase célèbre: polluer plus coûtera plus.

En restant sur la trajectoire actuelle du développement et de la démographie, la demande mondiale en énergie augmentera de 80% d’ici 2050. Cette hausse sera en majeure partie le fait des économies émergentes et sera couverte à 85% par des énergies fossiles. Avec pour corollaire un accroissement de 50% des émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES) et une aggravation de la pollution de l’air. Au milieu du siècle, la concentration atmosphérique de GES pourrait atteindre 685 parties pour million (contre 393 ppm aujourd’hui). Ce qui nous mènerait tout droit à un réchauffement compris entre 3°C et 6°C par rapport aux niveaux préindustriels. Pour mémoire, la collectivité mondiale ambitionne de limiter à 2°C la hausse du mercure mondial.

La dégradation de la qualité de l’air urbain devrait devenir, en 40 ans, la première cause environnementale de mortalité dans le monde, devant l’eau insalubre et le manque d’assainissement. Le nombre de décès prématurés imputables aux oxydes d’azote et de soufre ou aux particules fines pourrait doubler d’ici 2050. Si rien ne change d’ici là, les émissions des véhicules et du chauffage urbain vont tuer, chaque année, 3,6 millions de personnes. Soit trois fois plus qu‘aujourd’hui.

Révolution automobile oblige, les citadins chinois et indiens seront les plus touchés. Avec une population vieillissante et largement urbanisée, les pays de l’OCDE devraient enregistrer, en 2050, le deuxième plus fort taux de décès prématurés liés à l’ozone troposphérique, derrière l’Inde.

Comme on pouvait le craindre, et toujours si nos politiques actuelles ne sont pas amendées, la biodiversité devrait payer un lourd tribut à notre développement. L’OCDE et l’agence d’évaluation environnementale néerlandaise estiment que 10% des espèces animales et végétales devraient disparaître ces prochaines décennies. La superficie des forêts devrait se réduire de 13%. N’en déplaisent aux économistes, cette 6e grande extinction ne serait pas favorable au développement économique.

L’appauvrissement de la biodiversité et la perte des services écosystémiques représentent globalement une perte évaluée entre 4.000 et 5.000 milliards de dollars (entre 3.035 et 3794 milliards d’euros) par an pour l’économie, souligne l'étude The economics of ecosystems and biodiversity, parue en 2009 [JDLE]. Pas facile à compenser.

Sous l’effet de la hausse de la demande du secteur industriel (+400%), des centrales électriques (+140%) et des ménages (+130%), la demande en eau devrait exploser: + 55%. Ce qui devrait accroître le stress hydrique de l’agriculture et compromettre ainsi la production suffisante de produits alimentaires.

Cet apocalypse est encore évitable, avertit tout de même l’organisation multinationale qui appelle à «réussir la réforme et à intégrer la croissance verte dans les priorités de l’action».

L’OCDE appelle notamment à «rendre la pollution plus coûteuse que les solutions les plus vertes». Par exemple, en développant les écotaxes (mais si) et les mécanismes d’échange de quotas d’émission, dont les allocations se feraient par mise aux enchères. Quoi qu’en pensent les dirigeants d’Airbus.

Autre préconisation, internaliser les coûts environnementaux. Par exemple, en instaurant un prix de l’eau qui tienne compte, au hasard, de sa rareté et des services écosystémiques rendus.

L’institution libérale appelle aussi à «supprimer les subventions préjudiciables à l’environnement». On pense, bien sûr, aux 557 Md$ (422,68 Md€) qui ont été dépensés par les Etats en 2008 pour maintenir à un faible niveau les prix des produits pétroliers [JDLE].

En France, la seule exonération de la TIPP et de la TVA pour le kérosène aérien représentent 6 Md€ par an. «Mais on peut estimer que plusieurs dizaines de milliards d’euros d’aides par an ont un impact néfaste sur la biodiversité», rappelait récemment Guillaume Sainteny, auteur d’un rapport sur les impacts environnementaux de la fiscalité française [JDLE].

Les experts de l’OCDE suggèrent aussi de rendre (enfin) efficaces les réglementations environnementales et les normes. A commencer par celles portant sur l’efficacité énergétique. Une mesure a priori peu coûteuse et permettant tout à la fois de réduire la demande de kilowattheures et les coûts financiers tout en améliorant la santé humaine.

L’OCDE estime aussi nécessaire de multiplier les mesures permettant d’aiguiller la consommation de produits sur les rails de la croissance verte: bonus-malus et soutien public à la R&D.

Ecologues, économistes, biologistes, climatologues ont, maintenant, fait leur travail. L’état de la planète est connu. Son futur proche (et celui de nos descendants!) est minutieusement décrit. Le catalogue des mesures permettant d’éviter le pire est publié. Ne reste aux politiques qu’à s’en inspirer. Et là aussi, il y a du travail.

 



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