« L’Occident n’a pas fini de s’appauvrir »

Le 21 décembre 2012 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Hervé Kempf: Nos dirigeants ne sont pas conscients de la gravité de la situation.
Hervé Kempf: Nos dirigeants ne sont pas conscients de la gravité de la situation.

Fin observateur de la société et de ses dérives politiques, économiques et environnementales, le journaliste Hervé Kempf publie un nouvel essai sur la fin de l’Occident . Un récit précieux si l’on veut jeter un œil neuf sur cette «crise» déjà pluri-décennale. Entretien.

Après avoir critiqué l’écobilan exorbitant des riches, déroulé les effets pervers (sur l’environnement) du capitalisme et dénoncé la crispation des élites, vous annoncez la fin de l’Occident [1]. Ligne logique?

Dans la trilogie que vous citez, j’ai décrypté, de manière cohérente, les questions écologiques, sociales, économiques, qui se posent à notre société. Dans ce nouvel opus, j’ai voulu faire autre chose.

À savoir…

J’ai considéré le moment historique que nous vivons au regard de l’histoire longue de l’humanité. Il y a 100.000 ans environ, Homo sapiens a commencé à coloniser la terre, à partir de l’Afrique. Par la suite, on peut considérer que toutes les sociétés qui se sont constituées ont eu plus ou moins le même niveau de consommation matérielle ou énergétique. Bien sûr, il y avait de fortes inégalités au sein de ces civilisations, mais globalement leur empreinte environnementale est restée à peu près constante.

Vous parliez de moment historique…

Effectivement. Entre la Renaissance et la révolution industrielle du milieu du XVIIIe siècle, l’Europe, puis ceux que l’on allait appeler les pays du Nord, se sont mis à considérablement accroître leur consommation matérielle et énergétique, jusqu’à atteindre des niveaux bien supérieurs à ceux des autres régions du monde. C’est ce que l’historien américain Kenneth Pomeranz a appelé la Grande divergence.

Divergence que les pays du Sud aimeraient bien résorber.

Absolument. Ce que nous vivons depuis quelques décennies, et que nous résumons dans le concept de mondialisation, c’est précisément cette Grande convergence. Tous les pays émergents et en développement veulent consommer autant que l’Europe ou les Etats-Unis. Or ce mouvement intervient au moment où nos sociétés rencontrent les limites de la biosphère.

Conséquences?

La crise écologique interdisant la progression continue de la croissance économique, il est probable que la croissance économique s’arrête, voire s’inverse, dans les pays les plus riches et ralentisse, voire s’arrête, dans les pays émergents et pauvres. Dit autrement, les pays du Nord ne vont plus cesser de s’appauvrir. Voilà posé l’horizon politique de ces prochaines décennies.

Les politiques actuellement menées dans les pays les plus riches anticipent-elles cette évolution?

Absolument pas. Et si notre classe dirigeante reste dans l’état de crispation qui est le sien depuis plusieurs décennies, cette mutation s’effectuera probablement dans la violence et le chaos.

Certains auteurs, comme Jared Diamond, estiment que de telles évolutions fragilisent, ou même font chuter des civilisations. Est-ce aussi votre opinion?

Diamond stigmatise notamment le comportement d’élites, devenues irresponsables. Nous sommes dans ce cas de figure, où l’on voit des milliers d’entrepreneurs, artistes, rentiers, choisir l’exil fiscal plutôt que de payer un impôt légitime. Nos dirigeants ne sont pas conscients de la gravité de la situation et se bloquent, de manière dangereuse, sur des positions archaïques.

[1] Fin de l’Occident, naissance du monde, par Hervé Kempf, Seuil, 2013.



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