L’IRSN s’invite dans le débat sur la transition énergétique

Le 07 février 2013 par Valéry Laramée de Tannenberg
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L'IRSN interpelle à nouveau le gouvernement
L'IRSN interpelle à nouveau le gouvernement

A peine lancé, le débat national sur la transition énergétique vient de connaître deux accélérations subites.

Après moult hésitations, la Commission nationale du débat public (CNDP) a finalement décidé, mercredi 6 février, d’ouvrir la concertation sur le futur centre de stockage des déchets nucléaires à haute activité de Bure (Meuse). L’exercice se déroulera du 15 mai au 15 octobre, précisément au moment où la nation décidera, par ailleurs, du devenir du parc électronucléaire et du cycle du combustible.

Plus discrètement, l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) donne aussi de la voix. Fidèle à sa réputation de poil à gratter de l’industrie nucléaire, le bras technique de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a alerté une vingtaine de journalistes des conséquences économiques et sociétales d’un accident nucléaire majeur.

L’argumentaire de l’institut de Fontenay-aux-Roses s’appuie sur une étude, dont les lecteurs du JDLE ont eu la primeur [JDLE] au mois de décembre dernier. Réalisé par les économistes de l’IRSN, ce travail unique au monde monétarise les coûts directs et indirects d’accidents nucléaires. Deux hypothèses ont été retenues: la fonte d’un cœur de 900 mégawatts (type Fessenheim) qui, dans un cas, relâche peu de radioactivité, et dans l’autre contamine des centaines de kilomètres carrés.

Selon les évaluations réalisées par l’équipe de l’économiste Patrick Momal, l’accident grave représente un coût de quelque 120 milliards d’euros, soit 6% du PIB annuel français ou 60 fois le coût des derniers gros accidents technologiques de l’Hexagone, comme l’explosion de l’usine AZF ou le naufrage de l’Erika.

Par comparaison, les coûts de l’accident majeur pourraient dépasser les 400 Md€, dont 160 pour les seuls coûts radiologiques.

Voilà pour les données brutes. Mais derrière cette mathématique froide se cache des résultats tout aussi inquiétants. Le nombre de réfugiés, par exemple: quelques centaines dans le premier cas, plus de 100.000 dans le second. L’énormité des coûts indirects aussi. «Pour l’accident majeur, on peut estimer à 160 Md€ le coût en image», affirme Patrick Momal. Estampillée contaminée, la France n’attirerait plus de touristes, vendrait plus difficilement ses vins, ses produits agro-alimentaires, ses marchandises…

Calcul de coin de table? Pas si sûr. «Tepco [l’exploitant de la centrale de Fukushima, ndlr] a promis 100 milliards de dollars (74 Md€) de dédommagements. De plus, le Japon va investir 2,7 Md$ (2 Md€) par an pour décontaminer les terrains touchés par les retombées de la catastrophe. Enfin, le Meti estime à 30 Md$ (22,3 Md€) par an le surcoût pour le secteur électrique de l’arrêt des centrales nucléaires. Même si les montants sont différents de ce que nous avons trouvé, les ordre de grandeur sont là, les coûts sont considérables», indique l’économiste de l’IRSN.

Ces évaluations ont-elles leur place dans le débat sur la transition énergétique? «Oui», répond sans hésiter Jacques Repussard. Pour le directeur général de l’institut, il s’agit de rappeler à la société les réalités d’une telle catastrophe. Catastrophe qui peut tout aussi bien se produire sur la côte orientale du Japon que sur les bords de Loire.

Pas inutile non plus de souligner que l’addition de tels événements, frappant une part non négligeable de l’Hexagone (plusieurs départements), devra être réglée par la collectivité. «Tepco dit qu’elle déboursera 100 Md$ pour indemniser les victimes de l’accident. Mais Tepco est déjà en faillite. Donc, c’est l’Etat japonais qui abonde le budget de l’électricien», rappelle Patrick Momal.

«En Ukraine, le pouvoir central verse plusieurs milliards d’euros par an aux habitants des zones contaminées par Tchernobyl, pour compenser les pertes de production agricole», reprend Jacques Repussard.

Impensable en France? Est-ce si sûr? A la suite d’une pollution à l’uranium de cours d’eau du Vaucluse [JDLE], Areva a racheté toute la production agricole de la région du Tricastin, invendable autrement.

Le message de l’IRSN s’adresse aussi aux autorités publiques. «Notre discours a été un peu repris dans le rapport que la Cour des comptes a consacré à l’économie du nucléaire, mais le gouvernement ne l’a pas intégré», estime Jacques Repussard. Le message n’est, il est vrai, pas très vendeur dans l’un des pays les plus nucléarisés de la planète.

http://www.debatpublic.fr/cndp/communiques_decisions.html

http://www.journaldelenvironnement.net/article/en-france-un-accident-nucleaire-ca-coute-enormement,32334

http://www.journaldelenvironnement.net/article/tricastin-socatri-condamnee-pour-pollution,25203



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