L’IRSN pas convaincu par la résistance des soudures de l’EPR de Flamanville

Le 11 avril 2019 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Le chantier de l'EPR devrait connaître de nouveaux retards et de probables surcoûts.
Le chantier de l'EPR devrait connaître de nouveaux retards et de probables surcoûts.
VLDT

Mandaté par l’ASN, l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire estime que les soudures de tuyauteries vitales pour le réacteur et noyées dans ses enceintes de confinement doivent être refaites. Ce qui devrait provoquer un nouvel arrêt du chantier. Et alourdir un peu plus le coût de fabrication du premier EPR made in France.

 

C’est un énième coup dur pour le constructeur de l’EPR de Flamanville. Dans un communiqué publié ce jeudi 11 avril, l’IRSN indique ne pas valider la stratégie de défense d’EDF dans le délicat dossier des défauts de soudure des tuyauteries de vapeur principales (VPP) du réacteur expérimental.

Tout commence il y a deux ans. En 2017, EDF informe l’ASN de l’existence de défauts dans 66 soudures de tuyauteries vitales pour le fonctionnement du réacteur. Réalisés en acier au carbone et au manganèse, ces tubes assurent, en effet, la circulation de la vapeur entre les générateurs de vapeur et la turbine. L’incident est suffisamment sérieux pour que l’ASN précise que le réacteur ne pourra être mis en service tant que les solutions proposées par l’exploitant n’auront pas été validées par le gendarme du nucléaire tricolore.

noyées dans le béton

Si la plupart des soudures sont «réparables», moyennant plusieurs semaines de travail chacune, 8 autres, noyées dans les enceintes en béton du réacteur, sont inatteignables. Pour faire passer la pilule, EDF propose à l’ASN de réaliser les études à l’issue desquelles l’opérateur pourra prouver que les soudures situées entre les deux enceintes résisteront à tout. En jargon nucléaire, on appelle cela «l’exclusion de rupture».

Fort logiquement, l’ASN missionne son bras technique, l’IRSN, pour éplucher ce nouveau dossier EDF. Pour l’électricien, il s’agit de démontrer que la rupture des tubes est «extrêmement improbable, en cohérence avec la démonstration de sûreté de l’installation».

métaux et soudures

Problème: les échantillons qu’EDF utilise pour réaliser sa démonstration «ne couvrent pas toutes les variations des paramètres de soudage qui peuvent se produire en application du mode opératoire». En outre, les soudures auditées par l’électricien n’ont pas été réalisées exactement de la même façon que celles de Flamanville. Enfin, les maquettes réalisées par Framatome (filiale d’EDF) ne sont pas totalement représentatives des véritables soudures.

Réponse prévisible de l’IRSN: c’est niet. «La confiance dans la qualité des soudures des tuyauteries de vapeur principales au droit des traversées de l’enceinte de confinement n’atteint pas le haut niveau attendu du fait du choix inadapté des matériaux d’apport au regard des caractéristiques mécaniques prévues à la conception et du phénomène apparemment non maîtrisé de vieillissement de ce matériau.»

remise en conformité

Fort logiquement, l’IRSN préconise qu’EDF procède «à la remise en conformité des soudures concernées» plutôt que de «rechercher à justifier une acceptabilité en l’état». Dit autrement, il faudra refaire les soudures prisonnières du béton.

Lundi 10 avril, l’ASN a réuni son groupe permanent d’experts pour les équipements sous pression nucléaires (GPESPN), lequel a conclu dans le même sens que l’IRSN. Dans un communiqué mis en ligne ce jeudi, l’Autorité de sûreté nucléaire indique qu’elle «prendra prochainement position sur la démarche proposée par EDF».

Pour EDF, c’est la consternation. Dans un communiqué envoyé en fin de journée, l’électricien prend acte des avis de l’IRSN et du GPESPN. Le groupe présidé par Jean-Bernard Lévy ne cache pas que les opérations de réparation des soudures «pourraient impacter le calendrier de mise en service et le coût de construction». Et retarder aussi la fermeture des deux réacteurs de la centrale de Fessenheim.



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