L’irrigation de moins en moins durable

Le 06 février 2012 par Valéry Laramée de Tannenberg
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
Près de 80% de l'irrigation saoudienne n'est pas durable.
Près de 80% de l'irrigation saoudienne n'est pas durable.

Le développement de l’agriculture va de pair avec celui de l’irrigation. Problème: les paysans puisent de plus en plus fréquemment dans des gisements d’eau non durables. Une tendance appelée à augmenter avec les changements climatiques.

A quelques semaines de l’ouverture du Forum mondial de l’eau, une équipe du département de géographie physique de l’université d’Utrecht jette un sacré pavé dans la mare. Dans un article, publié dans Water Resources Research, Marc Bierkens et ses collègues font une évaluation de l’utilisation de l’eau non renouvelable dans l’irrigation des cultures.

Le sujet n’a rien d’anecdotique. Environ 17% des terres arables sont irriguées et produisent l’équivalent de 40% de l’alimentation consommée par l’humanité. Et avec 2 milliards d’habitants de plus à nourrir d’ici 2050 (+28% par rapport à aujourd’hui), les statisticiens de l’Institut national de la recherche agronomique (Inra) estiment qu’il faudra accroître de 85% la production de nourriture en 40 ans pour satisfaire les besoins alimentaires futurs. Ce qui ne sera possible qu’en recourant davantage à l’irrigation. Une tendance qui ne fait que croître depuis un demi-siècle et dont les conséquences s’avèrent problématiques, estiment nos trois chercheurs.

Pour réaliser cette analyse du cycle de vie de l’irrigation, ces derniers ont compilé des données hydrographiques, agricoles et des observations réalisées par satellites. Lestés de ces tombereaux de chiffres, ils ont reconstitué la consommation d’eau de l’agriculture irriguée entre 1960 et 2000 et identifié les sources de prélèvement de l’or bleu.

Sans surprise, l’arrosage des champs ne cesse de se développer. En 1960, l’agriculture mondiale consommait 1.217 kilomètres cubes d’eau par an, soit l’équivalent de 35 années de consommation (au rythme actuel) d’un pays comme la France. En 2000, la demande agricole d’eau avait doublé, en atteignant 2.510 km3. La faute à l’accroissement des surfaces cultivées, à la course au rendement, au développement de cultures de pays tempérées dans des régions arides ou semi arides. Tout aussi inquiétant: le recours à l’eau non durable a triplé durant la même période.

Cette eau, rappellent les trois scientifiques, est puisée à trois sources distinctes: le gisement d’eau verte (l’eau pluviale provisoirement stockée dans le sol), l’eau bleue (l’eau douce de surface et de nappes phréatiques renouvelables) et les gisements d’eau non renouvelables (les nappes d’eau fossiles, par exemple).

En modélisant, pays par pays, les prélèvements aux différentes sources, les auteurs sont parvenus à établir une cartographie de la durabilité de l’irrigation. Grosso modo, 63% de l’eau utilisée par les cultivateurs est prélevée dans les eaux douces continentales bleues et 18% est issue des gisements non renouvelables. Le solde étant de l’eau puisée sur d’autres territoires que ceux où elle sera utilisée. Des chiffres qui varient du tout au tout selon les régions considérées

L’Inde, la Chine et les Etats-Unis sont les pays recourant le plus massivement à l’irrigation. En 2000, ces trois superpuissances ont consommé 1.207 km3 d’eau pour accroître la productivité de leurs terres cultivées. Selon les pays, la part de l’eau non durable varie de 5%, pour la Chine, à 14% pour les Etats-Unis. Des chiffres inférieurs à la moyenne mondiale.

Tel n’est pas le cas, en revanche, pour les pays du Moyen Orient ou d’Afrique du Nord. Au Qatar ou en Arabie saoudite, ce sont près de 8 litres sur 10 servant à l’irrigation qui sont issus de gisements non renouvelables. Tout comme en Libye. Dans les Emirats arabes unis, la proportion est moindre, mais atteint tout de même 64%.

Dans d’autres zones arides, la situation est nettement moins critique. En Algérie, le taux d’eau non durable est de 36%, contre 24% en Tunisie, 15% en Italie, 14% au Maroc, 11% en Egypte, 7% en Espagne.

Mais qu’en sera-t-il demain? Avec l’élévation annoncée des températures et la réduction prévisible des précipitations dans ces mêmes régions, les paysans du Moyen Orient, du Machrek, du Maghreb et de l’Europe du Sud seront de plus en plus tributaires de sources qui ne se renouvellent pas. De quoi poser les jalons de guerres de l’eau, aux portes de l’Europe.

 



A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus