L’irradiation des aliments sans danger, mais des points à éclaircir

Le 15 avril 2011 par Romain Loury
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L’irradiation des aliments (1) semble sans risque pour le consommateur, mais des travaux chez le chat incitent à approfondir la question, estime l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) dans un avis du 6 avril.
Sollicité par la Commission européenne, ces conseils scientifiques viennent réactualiser ceux édictés en 2003 par l’Efsa. Ils comportent deux volets, l’un microbiologique réalisé par le groupe BIOHAZ de l’autorité, l’autre chimique par le groupe CEF (2).
Pratiquée sur une quantité « très limitée » des denrées alimentaires vendues en Europe, l’irradiation ne laisse subsister « aucun risque microbiologique » pour le consommateur, estime le groupe BIOHAZ.
Le groupe CEF se veut aussi rassurant sur le plan chimique, mais reconnaît des points à approfondir. En traversant le produit, les rayons entraînent une altération des graisses, résultant en plusieurs produits de radiolyse : parmi ceux-ci, les 2-alkylcyclobutanones (2ACB), dont des études in vitro ont montré qu’elles endommageaient l’ADN.
« Il semble improbable qu’un tel risque génotoxique existe chez l’homme, les mécanismes in vitro paraissant très indirects », tempère le groupe CEF. Et les divers produits de radiolyse (2ACB, hydrocarbures, oxydes de cholestérol, furanes) ne seraient pas plus abondants qu’avec d’autres types de stérilisation, notamment le traitement thermique.
Autre point à creuser, des études ont révélé des atteintes neurologiques chez des chats nourris exclusivement par des aliments hautement irradiés, à des doses comprises entre 25 et 50 kiloGray (kGy) (3). Ces effets, qui n’étaient pas relevés chez le chien, pourraient s’expliquer par une sensibilité particulière du chat, soit à une déficience en vitamines (dégradées par l’irradiation) soit aux peroxydes résultant du traitement.
« L’irradiation ne concernant en Europe qu’une quantité très limitée d’aliments, le groupe CEF considère qu’il n’y a aucune raison immédiate d’inquiétude. Mais il reste à clarifier la validité des études chez le chat quant à leur implication sur la santé humaine », concluent les experts.
Dans une lettre ouverte d’octobre 2010, un collectif d’associations opposées à l’irradiation avait évoqué « des risques sanitaires », appelant l’Efsa et la Commission européenne « à faire face à leurs responsabilités vis-à-vis des générations futures et à traiter ce sujet dans toute sa complexité ».
(1) L’irradiation vise à réduire la présence de micro-organismes sur les aliments, mais aussi à empêcher le mûrissement des fruits ou la germination des pommes de terre et des oignons. Elle s’effectue par rayons X, gamma ou bêta. En Europe, l’étiquetage des produits (« irradié », « traité par ionisation ») est obligatoire.
(2) Le groupe BIOHAZ traite des dangers biologiques associés à l’alimentation, le groupe CEF de la sécurité des matériaux en contact avec les aliments, des enzymes, des arômes ou encore des procédés.
(3) Pour l’alimentation humaine, le traitement normal n’excède généralement pas 10 kGy, sauf pour la radappertisation (plus de 20 kGy).


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