L’Irlande secouée par la guerre de l’eau

Le 24 décembre 2014 par Valéry Laramée de Tannenberg
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
Un tiers des Irlandais ne veulent pas payer leur eau.
Un tiers des Irlandais ne veulent pas payer leur eau.
DR

A partir du 1er janvier, les Irlandais devront payer l’eau qu’ils boivent. Impopulaire, cette réforme semble pourtant indispensable pour faire face aux enjeux de ces prochaines années.

N’en déplaisent aux amateurs de stout et de whiskey, les Irlandais sont aussi de gros consommateurs … d’eau. Chaque jour, pour se laver, cuisiner ou boire la Dublinoise et le Corkien engloutissent 160 litres d’or bleu[1]. Un peu approximatif, un journaliste de l’Irish Examiner estime que, chaque année, un Irlandais consomme 112.456 pintes d’eau (63.904 L). Sixième buveur mondial de bière, l’Irlandais n’écluse «que» 173 pintes (98L) de Guinness ou de Kilkenny en une année.

Ces habitudes pourraient changer dans les jours prochains. Dès le 1er janvier, les Irlandais devront, en effet, payer leur eau directement. Depuis des lustres, l’adduction d’eau potable et son traitement ne sont pas financés par le paiement de factures mais par les impôts (1,2 milliard d’euros/an). Un cas unique parmi les 18 pays de l’OCDE!

Compteurs et factures

Récemment adoptée, la Water Service Bill va changer tout cela. Tous les foyers irlandais (urbains en tout cas) vont être équipés d’un compteur communicant. Et ils seront facturés, au prorata de leur consommation réelle, par une nouvelle compagnie semi publique, l’Irish Water. Selon les estimations du gouvernement, une famille de 4 personnes devra régler 260 €/an. Les services sociaux régleront une partie de la facture (100 €/an) des usagers les plus démunis.

C’est peu dire que la réforme de l’eau a été critiquée. Depuis des mois, les villes d’Irlande sont secouées de manifestations d’opposants. Au début du mois de décembre, de 30.000 à 100.000 personnes ont défilé à Dublin. Et ces derniers jours, les «nonistes» donnaient encore de la voix. L’Oireachtas (le parlement) est à deux doigts de se mutiner. Déjà 70 élus réclament l’organisation d’un référendum sur la «taxe de l’eau». Dans les sondages, un tiers des Irlandais affirment qu’ils ne paieront pas. Ce qui n’a pas empêché 900.000 consommateurs (20% de la population) de s’inscrire pour bénéficier d’une aide sociale.

40 ans de perdu

La taxation de l’eau irlandaise n’est pas un sujet nouveau. Voilà près de 40 ans que les élus de tous bords s’étripent sur la question. Les lois l’instituant étant abolies aussi rapidement qu’elles avaient été adoptées. Résultat: la gestion de l’eau irlandaise reste très inefficace. De l’aveu des statistiques officielles, le taux de fuite des réseaux est supérieur à 40%. Jusqu’à présent, l’eau est fournie par 34 petites régies, dont les capacités d’investissement sont proches du zéro absolu. En 2007, la mauvaise qualité du traitement avait provoqué une épidémie de diarrhées à Galway. Cinq ans auparavant, la Cour européenne de justice avait déjà condamné l’Irlande pour n’avoir pas appliqué la directive sur l’eau potable.

Si la qualité du service a progressé, il ne semble pas en mesure de relever les défis à venir. Le Grand Dublin peine à fournir ses habitants (1,3 million) avec régularité. Durant l’automne 2013, les Dublinois ont connu plusieurs coupures sévères. Une situation qui pourrait empirer. Les prospectivistes estiment que l’agglomération de la capitale d’Irlande comptera 2 millions d’administrés dans les 10 prochaines années. Il faudra donc investir en conséquence, notamment pour exploiter de nouveaux captages.

 



[1] Un Français ou un Britannique consomme, en moyenne, 150 litres d’eau par jour, contre 121 litres pour un Allemand et 114 litres pour un Danois.

 



A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus