L’Irlande, île (vraiment) verte

Le 17 juin 2020 par Valéry Laramée de Tannenberg
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L'exploitation de la tourbe sera aussi interdite.
L'exploitation de la tourbe sera aussi interdite.
Eckhard Pecher

Deux partis centristes, alliés aux Verts, s’accordent pour réduire de moitié les émissions de GES irlandaises en 10 ans. Un projet ambitieux suspendu aux atermoiements écolos.

Quatre mois de négociations n’auront pas été de trop aux principaux partis irlandais pour s’accorder sur un programme commun, à haute teneur environnementale. Lundi 15 juin, les dirigeants du Fianna Fáil (centre droit), du Fine Gael (centre droit) et des Verts ont conclu un deal historique portant sur le partage du pouvoir et sur le programme du prochain gouvernement.

Les élections générales du 8 février dernier n’ayant pas dessiné de majorité nette, c’est Micheál Martin (Fianna Fáil) qui deviendra le prochain taoiseach jusqu’en décembre 2022. Il cèdera ensuite le poste de premier ministre d’Irlande à Leo Varadkar (Fine Gael). Si tout se passe bien. Car, cette coalition surprenante ne dispose que du soutien de 84 Teachta Dála (députés) sur 160.

les 100 jours

Le cœur d’Our Shared Future (notre avenir à tous, titre du programme commun) est la neutralité carbone, à long terme et une réduction de moitié des rejets carbone entre 2020 et 2030. Le prochain gouvernement disposera de 100 jours pour faire adopter une loi climat. Comme au Royaume-Uni et en France, ce texte imposera des budgets carbone quinquennaux.

Objectif: abattre de 7% par an les émissions irlandaises de gaz à effet à effet de serre (GES). Et la fiscalité du carbone sera l’un des principaux leviers actionnés. Frappant les énergies fossiles et la tourbe, la taxe carbone sera augmentée de 7,5 €/t, chaque année, jusqu’à atteindre 100 €/t CO2 en 2030[1].

Avec les 9,5 milliards d’euros collectés durant la décennie, Dublin financera un programme de rénovation de 500.000 logements (pour un budget de 5 Md€), des plans de lutte contre la pauvreté et la précarité énergétique (3 Md€) et la reconversion des agriculteurs.

transports décarbonés

Lé décarbonation frappera à tous les étages de la société. Les collectivités devront rapidement déployer des réseaux de pistes cyclables. Dès cette année, un budget public de 360 M€ est prévu pour subventionner l’achat de vélos et développer la marche à pied. Désormais, le gouvernement investira deux fois plus d’argent dans les modes de transport bas carbone que dans les infrastructures routières. Parmi les priorités: l’amélioration et l’électrification du réseau ferré. L’Irlande devrait aussi interdire la mise en circulation de véhicules neufs à moteurs thermiques dès 2030.

Pour les agriculteurs, l’agriculture bio ne sera pas obligatoire. Mais il faudra apprendre à se passer des engrais azotés, dont la décomposition entraine la formation de protoxyde d’azote, GES 310 plus puissant que le CO2. En contrepartie, les paysans qui adopteront des pratiques culturales favorisant la séquestration du carbone par les sols seront rémunérés. Des aides sont aussi prévues pour favoriser l’émergence de projets de méthanisation agricole.

Abandon d'un terminal gazier

L’Eire dispose de formidables gisements éoliens et d’énergies marines. L’accord tripartite prévoit qu’en 2030 70%, au moins, de l’électricité consommée dans la partie sud de l’île soit d’origine renouvelable[2]. Un parc de 5 GW d’éolien marin devrait être mis à l’eau dans la décennie. Il sera complété par un programme d’installation de centrales photovoltaïques en toitures. Ces investissements pourraient être financés par la mise en œuvre d’un prix plancher des quotas d’émission de GES (ETS). Pour sécuriser l’approvisionnement en électrons, l’Irlande confirme la construction du Celtic Interconnector, le lien électrique sous-marin (700 MW), qui reliera, vers 2025, les systèmes électriques irlandais et français.

Grosse concession faite au parti Vert, l’Irlande renonce officiellement au projet de terminal GNL de Shannon. Lancé au début de la décennie, ce terminal devait importer du gaz des Etats-Unis et assurer l’équivalent de la moitié de la consommation nationale. Une centrale à gaz de 500 MW devait également être construite à proximité.

Signé par les dirigeants des trois partis appelés à gouverner, l’accord doit maintenant être ratifié par les adhérents des trois formations. Cela devrait n’être qu’une formalité pour les deux partis centristes. Un doute subsiste chez les écologistes, où la majorité des deux tiers (militants nord-Irlandais compris !) est requise. Suspens insoutenable.



[1] Instaurée en 2010, la taxe carbone irlandaise était de 20 €/tCO2 en 2019.

[2] Contre 35% en 2019.