L’IPBES en cadence de croisière

Le 20 janvier 2015 par Romain Loury
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Anne Larigauderie, secrétaire exécutive de l'IPBES
Anne Larigauderie, secrétaire exécutive de l'IPBES

Lancée en 2012, la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES), présentée comme le Giec [1] de la biodiversité, est désormais en ordre de marche, avec de premières évaluations attendues fin 2015. A l’issue de sa troisième session plénière, qui s’est tenue à Bonn du 12 au 17 janvier, sa secrétaire exécutive, Anne Larigauderie, fait le point avec le JDLE.

JDLE: Près de trois ans après son lancement, l’IPBES est-elle désormais en bon ordre de bataille? Quel bilan dressez-vous de cette 3e session plénière?

AL: Cela fait désormais un an que l’IPBES fonctionne. La session plénière qui s’est tenue à Bonn [où siège l’IPBES, ndlr] nous a permis de nous pencher sur ce qui a été fait au cours de l’année écoulée, de réajuster notre programme de travail, notre budget. Nos deux premières évaluations ont été lancées en 2014: la première a trait à l’état des pollinisateurs et l’impact sur la production alimentaire, la seconde à la modélisation et aux scénarios de la biodiversité. Ces projets pilotes en sont à peu près à mi-chemin, ils seront examinés lors de la prochaine session plénière, début 2016.

D’autres travaux ont été lancés lors de cette dernière plénière. Il s’agit de quatre évaluations régionales de la biodiversité, pour les Amériques, l’Afrique, l’Asie/Pacifique et l’Europe/Asie centrale. Elles seront menées sur 3 ans, avec publication prévue fin 2017. Première étape, nous allons commencer l’appel à experts dans tous les pays. Par la suite, une évaluation mondiale sera menée à partir de 2016, sur la base de ces évaluations régionales. Elle devrait s’achever en 2019, notre objectif étant de la rendre avant les objectifs d’Aichi de 2020, comme nous l’a demandé la Convention sur la diversité biologique (CDB).

JDLE: Comment s’articulent ces évaluations, quels sujets abordent-elles en particulier?

AL: Chacune répond à un cadre conceptuel fixé par l’IPBES [publié le 15 janvier dans la revue PLoS Biology, ndlr]. Tout d’abord, il s’agit de dresser l’état de la biodiversité et des espèces, d’un point de vue écosystémique mais aussi génétique. Ensuite nous cherchons à savoir si la situation est en train de changer, et quelles en sont les causes.

A ce propos, nous distinguons les causes directes -comme le changement climatique, les espèces invasives et la surpêche- des causes indirectes, dont les facteurs socio-économiques, anthropologiques et les législations nationales. Ces derniers éléments sont souvent oubliés lorsqu’on parle de biodiversité. Or ils sont très importants, car c’est là que se logent les solutions aux problèmes.

Enfin, nos évaluations portent sur l’impact de ces changements sur l’économie et le bien-être humain, par exemple en matière de production alimentaire et de qualité de l’eau.

JDLE: Au niveau budgétaire, l’IPBES vous semble-t-elle dans une situation satisfaisante? Quels sont vos grands donateurs?

AL: Nous estimons notre programme de travail pour 2014-2018 à environ 45 millions de dollars [39 millions d’euros]. Entre les promesses de dons et les fonds déjà obtenus, nous en sommes à peu près à la moitié de cette somme [environ 26 millions de dollars, ndlr], et nous avons bon espoir que cela se passe au mieux pour la suite. Parmi les pays qui nous ont le plus financé, la Norvège arrive en tête [avec un don unique de 8,3 millions de dollars], suivie de l’Allemagne, mais il y a aussi le Royaume-Uni, les Etats-Unis, le Japon, etc [2].

Nous avons par ailleurs reçu beaucoup d’aide extrabudgétaire. Par exemple, la Norvège héberge à Trondheim un bureau sur le renforcement des capacités dans les pays en développement, qui comporte 3 postes financés sur 5 ans. La Corée du Sud nous a aussi offert un bureau, dédié au stockage de la littérature scientifique et aux bases de données. Quant à l’Unesco [3], elle met à notre disposition, dans son siège parisien, une unité d’appui technique sur les savoirs autochtones et les traditions.

JDLE: Quel est le niveau d’engagement de la France dans l’IPBES?

AL: La France participe largement à notre financement [2]. Les experts français sont aussi très présents au sein du groupe d’experts multidisciplinaire (GEM) de l’IPBES, qui sélectionne les experts et qui met en place notre programme de travail. Parmi les 25 membres de ce GEM, on en compte 5 par zone géographique. Or pour les 5 membres des «pays d’Europe occidentale et autres» -à savoir l’UE, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, les Etats-Unis et le Canada-, on compte 2 Français, Paul Leadley (université Paris-Sud) et Marie Roué (Muséum national d’histoire naturelle).

La communauté scientifique française nous a fait parvenir de nombreuses candidatures pour les rapports que nous avons lancés. A ce sujet, la Fondation pour la recherche sur la biodiversité (FRB) fait un excellent travail, en relayant nos appels à experts dans le pays. Pour un scientifique, il faut être très motivé pour savoir ce qu’il se passe à l’extérieur, ce n’est pas toujours évident de trouver le temps. La FRB nous suit, et organise des conférences auprès des scientifiques pour faire écho à notre besoin d’experts, ce qui nous permet d’avoir de bons candidats. Nous aimerions étendre ce système à d’autres pays.

[1] Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat.

[2] En 7ème position des donateurs, la France a donné à l’IPBES 338.814 dollars, soit 293.000 euros, pour la période 2012-2014, et s’est engagée à donner 186.195 dollars de plus, soit 161.000 euros, d’ici 2018. Soit un total d’environ 454.000 euros depuis le lancement de l’IPBES jusqu’à 2018. Pour un bilan complet du budget, voir ici.

[3] Sous tutelle du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), l’IPBES fonctionne dans le cadre d’un partenariat avec le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud), l’Organisation des nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco).



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