L’interdiction du chalutage profond rejetée «par erreur» par les eurodéputés

Le 17 décembre 2013 par Marine Jobert
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Le chalutage reste autorisé dans certaines zones.
Le chalutage reste autorisé dans certaines zones.
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Ils se seraient trompés sur le sens de leur vote… Une vingtaine d’eurodéputés sont revenus sur leur vote du 10 décembre, rejetant l’interdiction du chalutage profond et des filets maillants de fond dans les eaux européennes et dans l’Atlantique du Nord-est. L’amendement interdisant dans les deux ans le chalutage profond avait été repoussé à une courte majorité de 16 voix (soit 342 pour, 326 contre et 19 abstentions), conformément à la position adoptée le 4 novembre par les socialistes et les conservateurs réunis au sein de la commission Pêche. Les eurodéputés s’étaient contentés de limiter cette pratique aux zones actuellement exploitées (notamment Hatton et Rockall Bank, au nord de l’Irlande), préférant le statu quo.

 

«Plusieurs députés ont informé le bureau du Parlement européen qu'ils s'étaient trompés dans leur vote et qu'ils le modifiaient en faveur de l'interdiction», a expliqué à l’AFP l’eurodéputé écologiste français Jean-Paul Besset. Vote peu lisible ou choix mal assumé par la vingtaine d’eurodéputés girouettes? Leurs motivations ne seront pas élucidées et ce mea culpa a posteriori ne changera pas le sens de la décision politique. En effet, poursuit Jean-Paul Besset, «juridiquement, ce nouveau résultat n'a aucune valeur».

 

Mais symboliquement, des associations environnementales, comme Bloom, espèrent donner à ce revirement un poids symbolique important. «Les Etats membres doivent désormais discuter de ce dossier au conseil des ministres européens de la pêche: ils devront prendre en compte ce résultat réel même s'il ne peut être changé officiellement», a réagi Claire Nouvian, la directrice de Bloom.

 

La question de la pêche en eau profonde a fait l’objet d’une campagne médiatique intense ces dernières semaines. Suivant l’initiative de Casino, Carrefour a annoncé le 9 décembre cesser à son tour la vente d’espèces pêchées dans les eaux profondes (sabre, grenadier, empereur). Motif invoqué: de grands doutes sur la durabilité de cette pêche alors que les espèces touchées ont un maturité sexuelle tardive et une croissance très lente. Mais les armateurs français, Intermarché en tête (avec sa flotte Scapêche), étaient farouchement opposés à l’interdiction.

 

De nombreuses études scientifiques ont déjà montré les ravages de ces techniques de pêche dans les grands fonds. «275 articles scientifiques prouvent sans conteste qu’elles détruisent les habitats, et en particulier les coraux et les éponges des fonds marins», affirme Philippe Cury, directeur de la recherche à l’Institut de recherche pour le développement (IRD). Selon lui, un chalut de fond capture par ailleurs entre 40 et 100 espèces non ciblées et rejette entre 20% et 80% de ses prises. Plus de 250 chercheurs du monde entier s’étaient d’ailleurs prononcés, en juin 2012, en faveur de l’élimination des pratiques de pêche destructrices, soutenant la proposition de Bruxelles d’interdire dans les deux ans le chalutage profond et les filets maillants de fond des eaux européennes.

 

 



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