L’insoupçonnable bilan carbone de la vidéo en ligne

Le 12 juillet 2019 par Valéry Laramée de Tannenberg
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L'important est de prioriser l'usage de la vidéo en ligne.
L'important est de prioriser l'usage de la vidéo en ligne.
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Le Shift Project a évalué l’empreinte climatique du visionnage de vidéos sur l’Internet. Très carboné, ce loisir dynamise le trafic mondial de données. 

 

Mater une vidéo en ligne n’a rien d’anodin. Compressés, numérisés, films, reportages, clips sont stockés sur des serveurs qui consomment de l’énergie. Leur diffusion à la demande n’est possible que grâce à l’Internet, dont les réseaux sont, eux aussi, énergivores. Enfin, pas de séance ciné à la maison, dans les transports ou en pleine campagne, sans un système de lecture. Intégré à un ordinateur, un smartphone ou une tablette, toutes ces merveilles de la hi-tech contemporaine ont besoin d’électrons pour fonctionner.

Sachant que le visionnage de vidéos en ligne explose littéralement, les analystes du Shift Project ont voulu quantifier le bilan carbone de ce loisir mondialisé. Première étape: produire ou trouver les données de base.

VOD, streaming, réseaux sociaux et porno

Globalement, rappellent les études menées par Sandivine ou Cisco, le visionnage de vidéos consomme 60% de la bande passante globale. Dit autrement, les deux tiers des données véhiculées par le réseau de réseaux sont utilisées par les plateformes de vidéos en ligne (VOD), les sites de vidéos en streaming grand public (You Tube représente 95% de ce segment), les réseaux sociaux (Facebook, Twitter, Instagram, SnapChat) et les sites de films pornographiques.

Par convention, les analystes du Shift estiment qu’infrastructures de réseaux, data centers, consommateurs finaux consomment une électricité dont le bilan carbone est de 519 grammes/kWh: le facteur moyen d’émission de la production de courant dans le monde. La demande d’énergie des terminaux et des réseaux a, elle aussi, été moyennée.

En s’appuyant sur l’une de ses précédentes études, le think tank créé par Jean-Marc Jancovici estime la répartition des flux vidéo de la façon suivante : 34% pour la VOD, 27% pour la pornographie, 21% pour les Tubes et 21% pour les autres usages, parmi lesquels les réseaux sociaux.

le bilan carbone espagnol

En agglomérant ces chiffres, les analystes estiment que le visionnage de la vidéo sur internet a contribué à l’émission de 305 millions de tonnes de gaz à effet de serre, en 2018, dans le monde. Soit une empreinte carbone comparable à celle de l’Espagne.

En creusant, on peut estimer que les amateurs de porno ont contribué à l’émission de 82 millions de tonnes équivalent CO2 (Mtéq.CO2): autant que le secteur résidentiel français. Moins scabreux, les clients de Netflix ou d’Amazon Prime sont à l’origine de de 102 Mtéq.CO2: un tout petit peu moins que le Chili, pays-hôte du prochain sommet climatique mondial.

80% de la croissance

Au regard du bilan carbone anthropique, supérieur à 53 milliards de tonnes de gaz à effet de serre par an, l’impact de la vidéo en ligne peut paraître anecdotique. Cela pourrait ne pas durer. Car, le succès des séries en ligne, des vidéos virales postées sur les réseaux sociaux ou des films X dynamisent considérablement la consommation de données. Les signaux vidéos représentent déjà 80% de la croissance des flux mondiaux de données. A ce rythme, les émissions imputables au numérique pourraient représenter 8% du bilan carboné mondial, en 2025: le double de celui d’aujourd’hui.

Peut-on sortir de ce cercle vicieux? Oui, veulent croire les auteurs de l’étude. D’abord, en sensibilisant les utilisateurs. Ensuite, en régulant l’usage de l’internet. Par exemple, en interdisant la diffusion automatique de vidéos sur les réseaux sociaux et les Tubes. Mais aussi en priorisant certains usages essentiels (l’information?) par rapport à d’autres plus triviaux (la pornographie). Sans apporter de solutions définitives, le Shift Project a le mérite d’ouvrir un débat sociétal aux enjeux culturels, environnementaux, industriels et climatiques.



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