L’Inrae esquisse la transition agricole de l’Europe d’ici à 2050

Le 17 février 2020 par Stéphanie Senet
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Un surplus de terres est attendu en Allemagne, Pologne et Europe de l'Est
Un surplus de terres est attendu en Allemagne, Pologne et Europe de l'Est

En 2050, l’agriculture européenne devrait connaître une hausse des exportations ainsi qu’une baisse des surfaces cultivables favorable à une transition agro-écologique, selon une étude publiée le 14 février par l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae).

C’est à la demande de la profession agricole (Pluriagri[1]) que l’Inrae s’est penché sur les scénarios disponibles pour limiter les pressions dues au réchauffement climatique dans les grandes régions agricoles européennes en 2050, compte-tenu du progrès technique et des transitions alimentaires.

Surplus de terres en Allemagne et Pologne

Résultat: le besoin en terres cultivées pourrait diminuer en Europe de l’Est, Pologne et Allemagne[2] au regard des rendements végétaux[3] et de la baisse de la demande domestique en produits agricoles. Le surplus acquis serait toutefois largement inférieur à ce que pourraient gagner les pays de l’ex-URSS ainsi que le Canada et les Etats-Unis s’ils adoptaient des régimes alimentaires plus favorables à la santé. Les scientifiques de l’Inrae y voient une opportunité pour l’Europe de « développer la culture d’oléo-protéagineux –ce qui réduirait sa dépendances aux protéines végétales et limiterait la déforestation induite par l’expansion de la culture du soja- ou de faire évoluer ses cultures vers l’agro-écologie tout en maintenant les volumes de production nécessaires».

La production additionnelle de tourteaux de soja pourrait ainsi atteindre de 4 à 44 millions de tonnes dans le vieux continent selon les scénarios. Ce qui permettrait de préserver de 1 à 10 millions d’hectares de surfaces cultivées au Brésil et en Argentine. Une diversification des cultures, incluant des légumineuses, permettrait aussi de réduire l’usage des pesticides et engrais de synthèse.

Marges plus limitées

En revanche, les marges de manœuvre s’avèrent beaucoup plus limitées en France, au Royaume-Uni et dans le reste du vieux continent, dont la Scandinavie, les pays du Benelux et l’Irlande. En Europe du Sud, le surplus risque également d’être faible, en raison du stress hydrique et de rendements réduits.

5 milliards d’hectares / Au niveau mondial, l’étude conclut à une stagnation des surfaces cultivables autour de 5 milliards d’hectares en 2050. Les pertes attendues en Amérique latine, en Afrique et en Océanie devraient en effet être compensées par les gains acquis dans l’ex-URSS, le Canada, les Etats-Unis et quelques pays européens.

Pour parvenir à ces résultats, les chercheurs se sont appuyés sur le modèle de recherche BlogAgri-AE2050 définissant les productions domestiques, les importations, les exportations, la variation des stocks, les pertes et gaspillages, ainsi que les besoins pour l’alimentation humaine et animale.

Les régimes alimentaires feront la différence

Les scénarios diffèrent toutefois selon l’évolution des régimes alimentaires. Dans l’hypothèse d’un scénario tendanciel, les apports caloriques seront stables dans les régions développées et augmenteront dans les régions émergentes et en développement. Avec un bémol : cette hausse ne comblera toujours pas le déficit nutritionnel de l’Afrique subsaharienne.

Dans l’hypothèse d’un changement en faveur de régimes plus sains, favorables à la santé au sens des recommandations de l’OMS[4], la consommation de produits animaux baisserait en Europe et dans les régions développées mais augmenterait en Afrique subsaharienne, en Inde et d’une façon plus modérée en Afrique du Nord.

Quel que soit le scénario alimentaire, la demande alimentaire va en tout cas exploser en Inde, Afrique subsaharienne et dans le reste de l’Asie en raison de la hausse démographique…

Deux scénarios pour les rendements

En étudiant le facteur «rendement», les chercheurs ont également dégagé deux scénarios potentiels d’évolution. Dans le premier cas, les rendements voient leur croissance ralentie, comme au cours des deux dernières décennies, mais ils restent à un niveau élevé en 2050 en raison de nouvelles évolutions techniques et une pleine valorisation de l’effet CO2 par les plantes. Dans le deuxième cas, les rendements s’avèrent plus faibles en lien à des évolutions techniques plus modérées et une absence de valorisation de l’effet CO2 par les plantes.

Hausse des échanges

Au niveau des échanges mondiaux, leur volume devrait s’accroître en 2050 avec un renforcement des tendances (hausse des exportations dans les régions exportatrices comme la France et l’Europe de l’Est et de la dépendance aux importations dans les régions importatrices). Un phénomène encore accru dans l’hypothèse de rendements plus bas en 2050.

 



[1] Pluriagri regroupe plusieurs acteurs des filières des grandes cultures : Avril, Confédération générale des planteurs de betteraves et Unigrains

[2] Cette étude s’intéresse à 21 régions dans le monde dont 8 en Europe : Allemagne, Pologne, Europe centrale, Europe de l’Est, France, Europe du Sud, Royaume-Uni, Reste de l’Europe (Scandinavie, Estonie, Lettonie, Lituanie)

[3] Par rapport à 2010

[4] Organisation mondiale de la santé