L’Inra présente ses vignes résistantes

Le 16 janvier 2017 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Chaque année, les vignerons consacrent 400 à 500 M€ aux traitements phyto.
Chaque année, les vignerons consacrent 400 à 500 M€ aux traitements phyto.
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Une quarantaine de variétés de vignes censées résister aux maladies cryptogamiques devraient être prochainement inscrites au catalogue. Elles seront encore testées sur le terrain avant d’envisager une arrivée dans les vignobles français.

Philippe Mauguin ne s’en cache pas. Avant même sa nomination à la présidence de l’Institut national de recherche agronomique (Inra) en juillet dernier, les députés l’ont apostrophé à ce sujet: comment réduire la consommation de pesticides de la viticulture? Si elles ne représentent que 3% des surfaces agricoles françaises, les vignes tricolores reçoivent près de 20% des produits phytopharmaceutiques utilisés chaque année en agriculture. Et ça ne s’arrange pas: en témoigne l’échec du plan Ecophyto.

Oïdium et mildiou prospèrent

Massif, l’usage des phyto est en grande partie imputable à la fragilisation croissante des vignes aux attaques de maladies cryptogamiques. Oïdium et mildiou prospèrent de plus belle à mesure que les pluies s’abattent de plus en plus sur les vignes durant le cycle végétatif. «C’est une fragilité forte de la viticulture française, que ne connaissent pas ses concurrentes des pays situées dans des zones arides», souligne Philippe Mauguin. Et les bouleversements annoncés du cycle de l’eau par le changement climatique n’annoncent rien de bon.

L’aide de la muscadine

Parallèlement à la mise au point de systèmes d’épandage plus efficace, l’ «agro» élabore de nouvelles variétés de vignes plus résistantes à Plasmopara viticola et Erysiphe necator, les agents pathogènes du mildiou et de l’oïdium. Poursuivant les travaux engagés par l’équipe du généticien d’Alain Bouquet[1], l’Inra a conçu, par croisement, plusieurs variétés nouvelles. Baptisées ‘Bouquet’, ces cultivars intègrent un gène de résistance à l’oïdium et au mildiou, issu de la muscadine, vigne sauvage originaire du sud-est des Etats-Unis. Sept de ces variétés, dites monogéniques, sont en cours d’inscription au catalogue des espèces et variétés de plantes cultivées.

Le pyramidage contre les ravageurs

Plus prometteuses encore sont les variétés polygéniques. Menées par l’Inra en collaboration avec des chercheurs allemands et suisses, ces recherches permettent d’associer plusieurs facteurs génétiques dans une même variété. Cette stratégie de ‘pyramidage’ est censée accroître sensiblement la durée de la résistance de la vigne à des ravageurs, qui ne cessent d’évoluer. Une trentaine de ces variétés, baptisées Redsur, devraient être inscrites au Catalogue d’ici la fin de l’année. Certaines d’entre elles seront non seulement résistantes à l’oïdium et au mildiou mais aussi au black-rot, autre maladie cryptogamique qui, en s’attaquant essentiellement aux grappes, peut compromettre vendange et qualité du vin.

Réduire les traitements fongiques est doublement important pour les vignerons. Au plan environnemental et sanitaire, d’une part. La pression monte depuis de nombreux mois pour réduire le nombre de pulvérisations (une vingtaine par an et par exploitation), pollueuses de nappes phréatiques et de l’air ambiant. Réduire l’application de phyto, c’est aussi un moyen d’augmenter les marges des exploitants. Chaque année, les viticulteurs consacrent entre 400 et 500 millions d’euros à la lutte contre l’oïdium et le mildiou.

La vigne bio pour tous et tout de suite? Nous en sommes loin. Prochaine, l’inscription au catalogue n’est que le premier pas d’une longue marche administrativo-scientifique. Aujourd’hui, l’Inra et son partenaire français, l’Institut français de la vigne et du vin (IFV) disposent bien de 40.000 pépins, mais les premiers pieds ‘résistants’ ne seront plantés que dans quelques semaines. Par la suite, il faudra encore des années d’études pour vérifier, dans différents terroirs et selon plusieurs méthodes de culture, les promesses des chercheurs. «Nous devrions pouvoir mettre sur le marché des cépages résistants assez proches des cépages actuels dès 2028», assure Jean-Pierre Van Ruyskensvelde, directeur général de l’IFV. Inutile d’envisager des plantations massives avant 2030.

Encore faudra-t-il convaincre. Les vignerons, tout d’abord. Ceux-ci n’oublient pas l’échec du programme allemand de vignes résistantes. Autre difficulté: comment intégrer ces variétés nouvelles au délicat système français des appellations d’origine contrôlée (AOC)? Encadrés par un cahier des charges rigoureux, les producteurs de Saint-Emilion, Côte de Provence, Chambolle-Musigny ou Savenières doivent utiliser des cépages particuliers. Or les cultivars made by Inra ont leur typicité. «Certains ressemblent à du grenache, du gamay ou du chardonnay. Ils pourront être utilisés tel quel. Pour les autres, il faudra sans doute adapter les cahiers des charges», convient Christian Huygues, directeur scientifique agriculture de l’Inra. Mais après tout, jamais, depuis deux millénaires, le goût et la couleur du vin n’ont cessé d’évoluer.



[1] Décédé en 2010.

 



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