L’industrie «minérale» veut pouvoir explorer à nouveau

Le 10 juillet 2013 par Marine Jobert
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
Le néodyme, un métal très usité dans les générateurs des éoliennes.
Le néodyme, un métal très usité dans les générateurs des éoliennes.
DR

Les métaux mineurs —les terres rares et les sous-produits des métaux principaux— sont un enjeu stratégique sous tension. Non qu’ils ne soient pas abondants à la surface de la terre, mais ils sont entre les mains de quelques pays qui pratiquent souvent des restrictions à l’exportation et gèrent le marché de façon très opaque via des transactions de gré à gré. Voilà très sommairement résumée la note d’analyse rendue publique, ce 10 juillet, par le Commissariat général à la stratégie et à la prospective (CGSP). L’état des lieux dressé par le successeur du Centre d’analyse stratégique ne recèle pas de nouveautés, à tel point que l’on peut se demander ce qui a motivé le Premier ministre —qui arrête le programme de travail annuel du CGSP— à mandater ses experts sur un sujet déjà largement renseigné.

 

C’est en écoutant les propositions du CGSP, puis le dialogue qui s’est instauré avec la cinquantaine de personnes présentes à la restitution de cette note d’analyse qu’un début d’explication se fait jour. En un mot comme en 100: le secteur «minéral» trépigne. Car il est désoeuvré. Les travaux d’exploration sont au point mort et les contraintes administratives dirimantes. «Il faudrait avoir la volonté de promouvoir la recherche au-delà des 3 opérateurs principaux (Areva, Eramet et Inéris)», enjoint Jack Testard, ancien responsable des ressources minérales du Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), patron de Variscan Mines et président de la fédération des minerais, minéraux industriels et métaux non ferreux.

 

Et Dominique Auverlot, le responsable du département développement durable du CGSP d’acquiescer, en appelant de ses vœux la mise en route d’un nouvel inventaire minier, «afin de préciser les ressources.» C’est d’ailleurs l’une des 7 propositions de la note stratégique: «rechercher sur le territoire la présence de métaux stratégiques en analysant les prélèvements de l’inventaire minier et en recourant à des méthodes de caractérisation depuis la surface et à des forages, dans le respect du Code minier.» Environ 20% du territoire et 50% des zones intéressantes au plan géologique ont déjà été cartographiées dans le cadre du précédent inventaire. Inventorier l’intégralité de l’Hexagone pourrait être assez rapide, selon le BRGM, car il s’agir de ré-analyser des échantillons déjà détenus par le bureau. Des opérations qui pourraient durer un an, estime t-on en interne, à condition que moyens financiers soient débloqués.

 

Car l’inventaire précédent, mené par le BRGM, s’est arrêté en 1992. «A l’époque, les questions portaient sur le cuivre, le zinc, les plomb…aujourd’hui ce sont les terres rares», rappelle Christian Hocquard, du BRGM. Il décrit «une crise à venir, avec le développement des aimants permanents dans les moteurs électriques des voitures et les éoliennes.» Car comme l’avait rappelé quelques minutes avant Dominique Auverlot, une éolienne d’un Mégawatt nécessite 155 kg de néodyme.

 

Au passage, la salle étrille l’administration en charge des questions minières, qui aurait «perdu ses compétences», ont regretté en chœur les professionnels du secteur. Le CGSP préconise de «développer, sur la base des organismes existants, des filières de formation spécialisées destinées aux jeunes diplômés et aux cadres, ouvertes à l’international avec l’attribution de bourses d’excellence.» Un enseignant de l’école des mines déplore que de moins en moins de stagiaires venus des continents africain ou asiatique sont accueillis en France. «Ils étaient favorables à l’industrie française; aujourd’hui ils vont aux Etats-Unis.»

 

Et le code minier, demande quelqu’un dans la salle, on en est où? «Le vrai problème, c’est le travail énorme que sa réécriture nécessite», rappelle Jack Testard, qui siège auprès de Thierry Tuot, le Conseiller d’Etat en charge de mener la réforme du code minier [JDLE]. «L’objectif, c’est de synchroniser le code minier avec le code de l’environnement et le code du travail. Des articles sont en opposition, il faut dialoguer. Or les nécessités parlementaires font qu’il faut aller vite. Ca n’est pas du tout évident!»

 

C’est François Bersani -ex-président du Comité pour les métaux stratégiques (Comes) et cheville ouvrière au sein du Corps de Mines de l’arrivée des gaz de schiste en France- qui se dévouera finalement, après une heure de discussion, pour prononcer le mot maudit: gaz de schiste. «Tu as lâché le terme», lâche dans un souffle Dominique Auverlot, qui estime qu’il faut «convaincre les associations, pour que le jour où le code minier est réformé, l’exploration minière puisse reprendre.» «Le terme de dialogue suppose d’être deux et d’essayer de se comprendre. Or les retours des industriels, c’est qu’il y a un blocage de la part de leurs interlocuteurs», lui a répondu François Bersani. Pas très encourageant, donc.

 

 



A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus