L’industrie chimique encore un peu tiède pour communiquer à chaud

Le 20 février 2009 par Victor Roux-Goeken
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Les riverains des sites chimiques Seveso sont-ils bien informés des incidents, même mineurs, qui surviennent? L’industrie chimique a lancé une démarche volontaire en ce sens il y a deux ans. A l’origine des faibles résultats: le manque d’efforts de certains industriels et la fracture entre industrie et riverains, qui ne parlent pas le même langage.

En décembre 2006, les industriels de la chimie s’engageaient dans une démarche volontaire de «communication à chaud». Désormais, tout incident, même mineur, survenu sur un site chimique classé Seveso et susceptible de générer l’interrogation d’un riverain –odeur, bruit de sirène ou machine, rejet dans l’air ou dans l’eau, torchère ou feu– devrait faire l’objet d’un communiqué envoyé à la presse locale, doublé d’un appel téléphonique pour suivre le traitement de l’information. Le tout afin d’établir une «relation de confiance avec le riverain», selon l’Union des industries chimiques (UIC).

Jeudi 12 février, l’UIC dressait le bilan de cette démarche lancée avec le Bureau d’analyse des risques et pollutions industrielles (Barpi, basé à Lyon, qui dépend du Meeddat), l’Union française des industries pétrolières (Ufip) et le Groupe d’étude de sécurité des industries pétrolières et chimiques (Gesip). Amorcée avant le Grenelle, la démarche permet de répondre à l’engagement d’«instaurer un dialogue permanent entre les industriels de la chimie et la société».

Ainsi, sur les 214 incidents survenus en 2007 et 2008 sur des sites chimiques classés Seveso et recensés par le Barpi, 28% ont fait l’objet d’une «communication à chaud». Bien loin de l’objectif de 90% que s’était fixé l’industrie chimique à partir d’avril 2008. Sur ces 214 incidents, 75% consistent en des rejets de matières polluantes, odorantes ou dangereuses; 20% en des départs d’incendies et 8% en des explosions. «Le taux d’information à chaud double en cas du déclenchement du plan de secours interne (POI)», constate Denis Dumont, chef du Barpi.

Plusieurs obstacles freinent la communication à chaud des industriels: l’absence d’autorisation du siège de communiquer; le manque de personnel pour la communication; la priorité donnée, en cas d’incident, à la gestion des aspects techniques; le vocabulaire hermétique de la gestion du risque industriel; la communication à outrance, même pour les événements les plus mineurs et imperceptibles de l’extérieur du site…

Mais aussi une perception différente du risque par l’exploitant et les riverains. «Pour un exploitant, une fumée de torchage [brûlage des gaz, Ndlr] n’est pas inquiétant. Mais elle l’est pour un riverain», indique Yves Blein, maire de Feyzin (Rhône) et président de l’Association nationale des communes pour la maîtrise des risques technologiques majeurs (Amaris).

Les industriels craignent aussi que «la hausse du nombre de communiqués peut inciter les riverains à penser que nous perdons le contrôle de la sécurité sur les sites», relève Denis Fromage, directeur du site d’Arkema à Pierre-Bénite. La communication à chaud n’est donc efficace que si elle vient compléter l’ensemble des opérations de communication «à froid», telles que des opérations Portes ouvertes et une concertation régulière avec le public.


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