L’industrie chimique dévoilée par les «Poison Papers»

Le 28 juillet 2017 par Romain Loury
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L'agent orange déversé en masse au Vietnam
L'agent orange déversé en masse au Vietnam

Deux associations américaines ont annoncé mercredi 26 juillet la mise en ligne des «Poison Papers», des documents qui détaillent la collusion de l’industrie chimique pour cacher les méfaits de leurs produits à la population.

Ils reposaient dans une grange au fond de l’Oregon: ces plus de 20.000 documents, soit 100.000 pages et trois tonnes de papier, ont été collectés année après année par la militante Carole Van Strum, qui les a légués à deux associations, le Center for Media and Democracy et le Bioscience Resource Project. Scannés et mis en ligne, ils ont été rendus publics sur le site www.poisonpapers.org/.

Etudes, mémos, comptes-rendus…

Ayant trait à des études scientifiques, des mémos internes ou des comptes-rendus de comités, ces documents internes, dont certains remontent aux années 1920, révèlent les manœuvres peu avouables des entreprises pour cacher la toxicité de leurs produits. Carole Van Strum les a accumulés depuis 40 ans, au fil d’échanges avec des personnes les ayant obtenus à l’occasion de procès ou de demande d’accès aux documents.

Issus pour la plupart d’organismes publics, tels que l’agence américaine de protection de l’environnement (EPA), le service forêts du département de l’agriculture (USDA Forest Service), l’agence fédérale des produits alimentaires et médicamenteux (FDA) ou le département de la défense, ils concernent de nombreuses entreprises, dont Dow, Monsanto, DuPont et Union Carbide.

L’EPA consciente des risques

L’EPA en prend pour son grade: les documents révèlent de nombreuses traces de collusion avec l’industrie, par exemple sur la nocivité des dioxines. L’agence a longtemps affirmé qu’elles étaient inoffensives, sachant sciemment qu’elles ne l’étaient pas, recourant pour cela à la dissimulation d’études menées en interne.

«Ces documents représentent une mine considérable de preuves, cachées ou égarées, sur la régulation et la toxicité des produits chimiques. Ils révèlent que les régulateurs ont mis en place à de nombreuses reprises des comités secrets, trompant les médias et le public, et dissimulant des preuves d’exposition humaine et d’effets toxiques. Ce qui a fortement accru l’exposition de la population à des agents chimiques que l’agence savait toxiques», explique Jonathan Latham, directeur du Bioscience Resource Project.

Un combat de 40 ans

C’est en 1974 que Carole Van Strum a emménagé dans la forêt nationale de Siuslaw, exploitée pour son bois. Peu après son arrivée, elle s’est rendue compte des dégâts causés par les épandages de 2,4,5-T, un herbicide présent dans l’agent orange (utilisé au Vietnam), aussi bien sur les habitants que sur la faune, une observation à l’origine de son combat.

Devant le refus du Forest Service de renoncer au produit, Carole Van Strum a saisi la justice, parvenant à obtenir l’arrêt des épandages dans son district –le produit a finalement été interdit en 1983 aux Etats-Unis. Entre temps, ses quatre enfants sont décédés en 1977 dans l’incendie de la maison, jugé intentionnel par les pompiers, mais toujours pas élucidé.



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