L’indépendance des universités britanniques: that is the question

Le 30 août 2016 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Stephen Hawking, l'un des plus fameux scientifiques britanniques, s'était exprimé contre le Brexit.
Stephen Hawking, l'un des plus fameux scientifiques britanniques, s'était exprimé contre le Brexit.
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Le Brexit va-t-il sonner le glas de l’indépendance financière des chercheurs d’outre-Manche?

L’autonomie des universités britanniques est une nouvelle fois mise à mal. Greenpeace UK vient de révéler que Bayer et Syngenta, deux des principaux producteurs d’insecticides néonicotinoïdes, avaient versé 16 millions de livres (18,7 millions d’euros) à 70 établissements entre 2011 et 2016. En soi, la nouvelle n’est pas étonnante. Pas plus que la pratique n’est illégale.

Seulement, elle met une nouvelle fois en exergue le fait que les chercheurs et les administrations des universités apparaissent de plus en plus pieds et poings liés par rapport au monde de l’entreprise. Ce qui peut compromettre leur liberté d’action et la sincérité des résultats de leurs travaux.

Conflits d’intérêts

Interrogé par The Independent, Dave Goulson ne pense pas autrement: «Si un industriel vous finance, vous serez tenté de lui être sympathique afin qu’il recommence. Vous aurez inévitablement envie de leur donner ce qu’il veut. Ce qui crée un conflit d’intérêt», résume ce biologiste, spécialiste des insectes pollinisateurs à l’université du Sussex.

Tous les sujets financés par les deux géants de l’agrochimie ne concernent pas, bien sûr, les néonicotinoïdes. Mais ils ne s’en désintéressent pas non plus. Bayer a versé 1 M£ (1,17 M€) pour que le centre pour l’écologie et l’hydrologie du comté d’Oxford (CEH) travaille sur le sujet. Ce qui n’a pas empêché le CEH de publier, mi-août, une étude montrant que le déclin des abeilles sauvages est bien lié à l’utilisation des néonicotinoïdes. Un bon point.

Pas de désinvestissement

Pourtant, dans un passé récent, l’indépendance s’est heurtée à certains principes de réalité. En octobre dernier, Greenpeace montrait, chiffres à l’appui, qu’une quarantaine d’universités britanniques avaient reçu 134 M£ (186 M€) des industries pétrolières et charbonnières au cours de ces dernières années. Ce soutien explique peut-être leur décision de ne pas ‘désinvestir’ leurs fonds —parfois conséquents— des secteurs liés aux énergies fossiles.

Sans doute indispensable à l’heure où les gouvernements réduisent leurs contributions à la science, cette intrusion du monde de l’entreprise dans l’université rappelle de douloureux souvenirs. Des décennies durant, les débats sur l’origine du cancer du poumon, des changements climatiques ou des perturbations du système endocrinien ont été biaisés par des scientifiques dûment rémunérés par les industries du tabac, de la chimie ou du pétrole. De chercheurs, ces hommes en blanc sont devenus des «marchands de doute», comme l’a montré l’enquête menée par Noami Oreskes et Erik Conway.

Marchands de doute

Des marchands dont l’activité risque de se développer, outre-Manche. Dans une lettre ouverte, la Royal Society britannique (l’équivalent de l’Académie des sciences) rappelait que les programmes de recherche de l’Union européenne avaient drainé 8,8 Md€ vers les centres de recherches de Grande-Bretagne entre 2007 et 2013. Une manne que le Brexit du 23 juin dernier va définitivement tarir. Au grand dam des scientifiques de sa Gracieuse majesté.

 



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