L’Inde au bord de la crise électrique

Le 02 septembre 2014 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Peu efficace, le secteur charbonnier indien est englué dans une vaste affaire de corruption.
Peu efficace, le secteur charbonnier indien est englué dans une vaste affaire de corruption.
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Un gigantesque scandale secoue l’industrie charbonnière du sous-continent. Et avec elle, le secteur électrique de la plus grande démocratie du monde. Rappel des faits.

Le 25 août dernier, la cour suprême indienne a jugé «illégale et arbitraire» l’attribution de permis d’exploitation de mines de charbon, délivrés entre 1993 et 2011. Au total, ce sont 218 exploitations et projets qui sont menacés de fermeture (pas forcément définitive) ou d’arrêt immédiat. La décision de la plus haute instance judiciaire du sous-continent a fait grand bruit. Le cours des actions des compagnies visées a dégringolé. Pis, le secteur électrique, souvent bien défaillant, se trouve désormais au bord de la rupture.

Une électricité très charbonnière

Pour mémoire, les deux tiers de l’électricité indienne sont produits par des centrales au charbon. Le reste du parc (dont la capacité installée totale n’excède pas 250 gigawatts électriques) est composé pour 29% de centrales à énergies renouvelables, 9% de centrales au gaz, et 2% de réacteurs nucléaires. Le solde étant fourni par des installations consommant du gazole.

A priori, l’Inde ne devrait pas s’inquiéter pour son approvisionnement en houille. Avec plus de 130 milliards de tonnes, le pays est doté des troisièmes réserves de la planète, après celles des Etats-Unis et de la Chine. Engloutissant chaque année plus de 800 Mt, l’ex-colonie britannique est le troisième consommateur mondial de charbon. Malgré l’importance de ses gisements, New Dehli doit importer[1] chaque année davantage pour satisfaire ses besoins. La faute à l’inefficacité du secteur minier. Les deux compagnies publiques qui jouissent d'un quasi-monopole de l’extraction (90% de la production nationale) ne réussissent qu’à accroître de 4% par an leur production quand la demande bondit de 7%.

Un soupçon de corruption

Pour dynamiser la production nationale, les précédents gouvernements (dirigés par le parti du congrès et le BJP) ont initié une libéralisation du secteur, en octroyant des permis d’exploiter à des compagnies minières publiques et privées, mais aussi à de gros consommateurs, tels les électriciens, les aciéristes ou les chimistes.

Problème: ces permis ont été cédés de gré à gré par les gouvernements (notamment ceux où siégeait l’ancien Premier ministre Manmohan Singh) et non mis aux enchères. En clair, les mines n’ont pas vraiment été payées au prix fort. La Cour des comptes estime entre 23 et 137 milliards d’euros le manque à gagner pour le trésor public. Au vu de l’énormité des sommes en jeu, le BJP nationaliste (au pouvoir depuis mai dernier) saisit les autorités judiciaires. Les limiers du Central Bureau of Investigation (le FBI local) mènent l’enquête sur le Coalgate. Son rapport donnera du grain à moudre à la cour suprême.

Soupçonné de corruption, l’ancien ministre des finances et ancien Premier ministre Manmohan Singh est désormais sur la sellette. Et le puissant parti du congrès (dirigé par la famille Gandhi) avec lui. Plus grave, l’industrie charbonnière nationale est gravement perturbée. Les exploitants des mines déjà ouvertes ne savent plus s’ils peuvent poursuivre leurs activités extractives. Faute d’approvisionnement suffisant, les compagnies électriques arrêtent leurs centrales les unes après les autres. Selon Bloomberg, les centrales thermiques ne disposent plus que de 8 Mt de réserve. De quoi tenir une semaine, tout au plus.

Les coupures ont débuté

Mousson oblige, il pleut actuellement des cordes sur les régions charbonnières. Ce qui ne facilite pas le travail des mineurs (la plupart des mines sont à ciel ouvert) ni le transport du minerai. Au total, ce sont 55 GWe de capacités de production électrique qui brûlent leurs dernières tonnes de charbon: le quart du parc indien. Dans les Etats du Rajasthan et de l’Uttar Pradesh (près de 300 millions d’habitants à eux deux), les coupures tournantes ont déjà commencé.

Pour limiter la casse, le gouvernement appelle la cour suprême à réviser son arrêt, notamment en maintenant l’autorisation d’exploiter de 46 mines. L’équipe de Narendra Modi a également promis une rapide mise aux enchères des autres permis. La cour doit rendre son verdict définitif le 9 septembre. En attendant, les vendeurs de générateurs au gazole font de bonnes affaires.

 



[1] 150 Mt en 2012.

 



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