L’incinération veut redorer son blason et son portefeuille
Le 17 mars 2009 par Sabine CasalongaPlusieurs usines ou projets d’incinération font l’objet de contestations, notamment en raison de risques sanitaires supposés et ce, malgré la mise aux normes des installations depuis 2005, et l’étude récente de l’Institut national de veille sanitaire (InVS) concluant à l’absence de sur-imprégnation des riverains (3). Présent à la conférence de presse, Jean-François Narbonne, professeur en toxicologie à la faculté de Bordeaux et lanceur d’alerte sur les dioxines à la fin des années 80, estime d’ailleurs qu’aujourd’hui, «le risque sanitaire lié aux dioxines est très faible».
Face à la mauvaise réputation persistante de sa profession, Luc Valaize, président du SDVU depuis septembre 2008, souhaite faire redécouvrir «les vertus environnementales» de l’incinération que sont la valorisation énergétique et la participation à la réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES).
Premier chantier annoncé: la création d’une commission Déchets au sein du Syndicat des énergies renouvelables (SER). Le SDVU ambitionne ensuite de doubler sa production énergétique globale estimée aujourd’hui à 10 térawattheures (TWh) -soit l'équivalent de 2.000 éoliennes- en améliorant les rendements énergétiques des installations. Il compte s’appuyer sur le fonds Chaleur de l’Ademe (2) pour augmenter le nombre de réseaux de chaleur autour des incinérateurs.
Selon le SDVU, cette mesure permettrait également de participer à la réduction des émissions de CO2. «Les 13 millions de tonnes de déchets incinérées en France chaque année permettent d’éviter l’émission de 5 millions de tonnes d’équivalent CO2, qui auraient été générées par le dégagement de méthane, un autre GES très puissant, en cas de mise en décharge, et par l’énergie fossile de remplacement», souligne Luc Valaize.
Autre objectif: favoriser la transparence. «Nous souhaitons renouer le dialogue et débattre. L’organisation d’une journée Portes ouvertes est prévue dans chaque usine», a souligné le président du SDVU.
Le SDVU n’est pas opposé à la mise en place d’un prélèvement continu de dioxines, une mesure envisagée par les pouvoirs publics, mais réclame qu’il soit effectué par les Drire «afin de se prémunir contre d’éventuelles critiques sur l’absence d’indépendance». La réglementation actuelle impose deux contrôles par an. Le coût supplémentaire d’un contrôle continu est estimé entre 5 à 6 €/tonne pour les petites installations et entre 1 à 5 €/tonne pour les plus grandes.
Côté fiscalité, le SDVU souhaiterait que la prochaine loi de finances pour 2010 instaure l’exonération totale de la TGAP pour les incinérateurs «les plus vertueux». Autre suggestion: la hausse du tarif de rachat électrique pour l’incinération, établi aujourd’hui à 4,5 centimes €/kWh, soit un tarif «inférieur à celui de l’éolien ou du solaire», selon Luc Valaize.
(1) Le Syndicat national du traitement et de la valorisation des déchets urbains et assimilés (SDVU) regroupe 112 usines d’incinération, sur les 130 existantes en France, soit 87% de la capacité d’incinération nationale. Il traite 11 millions de tonnes de déchets ménagers par an dont 95% font l’objet d’une valorisation énergétique
(2) Dans le JDLE «Le fonds Chaleur renouvelable entame sa première année d’existence»
(3) Dans le JDLE «Incinération: des risques désormais limités pour la santé»
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