L’incinération vante son potentiel d’énergie «renouvelable»

Le 28 septembre 2009 par Sabine Casalonga
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usine_incineration
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En s’appuyant sur une enquête inédite sur l’énergie produite par l’incinération en France, le syndicat des exploitants, le SVDU (1), tente de démontrer l’intérêt de ce mode de traitement des déchets dans la perspective d’atteindre 20% d’énergie renouvelable d’ici 2020.

«Les déchets peu ou pas valorisés en France, c’est une réserve de 28 millions de barils de pétrole (2)!», a déclaré Luc Valaize, président du SVDU, vendredi 25 septembre, à l’occasion d’une conférence de presse pour présenter l’enquête du cabinet Localconsult (3). Celle-ci a permis de collecter des données de 2004 à 2006 auprès de 70 collectivités et 75 usines d’incinération d’ordures ménagères (UIOM) -sur un total de 130 interrogées- correspondant à 67% des tonnages incinérés en France (7,5 millions sur un total de 13 millions). Elle s’est également appuyée sur les données de 2006 de la base SINOE (4) de l’Ademe. «Nous avons dû batailler pour obtenir certaines informations pourtant censées être publiques, mais retenues en violation des principes de la convention d’Aarhus», déplore François Delaunay du cabinet Localconsult.

Cette étude révèle que les incinérateurs produisent en moyenne 1,819 mégawattheure (MWh) d’énergie primaire par tonne de déchets, soit 0,156 tonne équivalent pétrole (tep). Mais la part d’énergie vendue, après transformation en chaleur ou électricité, est plus réduite, en raison de l’autoconsommation ou de l’absence de valorisation sur certains sites. 85% des déchets incinérés en France (11 millions de tonnes) permettraient de vendre de l’énergie. Le rendement énergétique moyen du panel d’UIOM de l’enquête a été évalué à 0,064 tep par tonne. Cela signifie qu’une tonne de déchets -ce que produit en moyenne un foyer français chaque année- permet de fournir autant d’énergie que 64 kg de pétrole. A l’échelle nationale, les déchets incinérés fourniraient donc 704.000 tep sous forme thermique (76%) et électrique (24%). Autre révélation, la valorisation énergétique d’une tonne de déchets rapporterait en moyenne 18 euros aux collectivités, soit un total de 198 millions € par an en France.

Le rendement énergétique des UIOM du panel est toutefois très hétérogène. Près d’un tiers fournit moins de 0,03 tep/t, un tiers fournit entre 0,03 et 0,064 tep/t et le dernier fournit plus de 0,064 tep/t. Le rendement moyen des 10 meilleures usines s’élève à 0,118 tep/t. A partir de ces résultats, la SVDU a réalisé une étude prospective afin d’évaluer différents scénarios de progrès en vue d’accroître la quantité d’énergie fournie par les déchets. La mise à niveau des usines les moins performantes permettrait ainsi une amélioration de rendement de 30% (210.000 tep de plus par an), voire de 80% (550.000 tep de plus), en visant respectivement le rendement moyen (0,064 tep/t) ou élevé (0,118 tep/t). Cette seconde option apparaît néanmoins très hypothétique, car elle supposerait une transformation radicale du parc industriel ou la construction de centaines d’incinérateurs.

Luc Valaize se prend ensuite à rêver que la totalité des déchets français soient incinérés. Le SVDU estime que 28,5 millions de déchets municipaux, aujourd’hui peu ou pas valorisés (incinération sans valorisation, enfouissement, refus de tri et de compostage), constituent une réserve énergétique d’1,8 million de tep (rendement de 0,064 tep/t), voire de 3,4 millions de tep (rendement de 0,118 tep/t). En y ajoutant les hypothétiques 550.000 tep/an issues de la mise à niveau de l’ensemble des UIOM à hauteur des 10 meilleures, le SVDU obtient une réserve de 4 millions de tep, soit 2 millions de tep d’énergie renouvelable, conformément à la définition européenne (5). C’est-à-dire «10% des énergies renouvelables supplémentaires que la France s’est engagée à produire d’ici 2020», conclut le SVDU.

Cette enquête sera remise cette semaine au ministère de l’environnement. Elle devrait être rééditée tous les 2 ans. D’ici fin 2009, à la suite d’un audit site par site, un groupe de travail du SVDU présentera des pistes d’action pour augmenter le rendement énergétique des incinérateurs français et une estimation des coûts nécessaires.

Le SVDU a enfin annoncé qu’il militerait en faveur de la suppression de la taxe générale sur les activités polluantes (TGAP) pour les usines valorisatrices, d’ici le projet de loi de finances pour 2011 en décembre 2010, à l’échéance pour la transposition de la directive Déchets en France. «La Suède a décidé de supprimer au 1er janvier 2010 une taxe équivalente instaurée en 2006, suite à un bilan démontrant l’inefficacité du dispositif pour augmenter la part du recyclage», souligne Luc Valaize.

(1) Le syndicat national du traitement et de la valorisation des déchets urbains et assimilés
(2) Un baril étant assimilé approximativement à 0,14 tonne équivalent pétrole (1 tep = 7,3 barils)
(3) L’enquête est téléchargeable sur le site de Localconsult (www.localconsult.com)
(4) Système d’information et d’observation de l’environnement
(5) Depuis 2001, l’Union européenne reconnaît comme renouvelable 50% de l’énergie produite par incinération




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