«L’incinération reste le premier mode de traitement francilien»

Le 28 mars 2013 par Stéphanie Senet
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
Selon l'Ordif, 4 leviers doivent être actionnés pour améliorer la prévention et le recyclage des déchets
Selon l'Ordif, 4 leviers doivent être actionnés pour améliorer la prévention et le recyclage des déchets

Alors que les déchets ménagers et assimilés augmentent à nouveau en Ile-de-France (voir article), quelles pistes suivre pour réduire leur impact environnemental? Geneviève Wortham et Helder de Oliveira, respectivement présidente et directeur général de l’Observatoire régional des déchets d’Ile-de-France (Ordif), livrent leur analyse au JDLE.

Si les déchets ménagers pèsent lourd en Ile-de-France -plus de 5 millions de tonnes par an- ceux du bâtiment et des travaux publics sont 4 fois plus importants. Qu’est-il entrepris pour favoriser leur réduction et leur valorisation?

GW

En 2010, l’Ile-de-France a produit 23 millions de tonnes de déchets issus du BTP. 37% de ces déchets inertes sont valorisés en remblaiement de carrières, près de 35% sont stockés dans des ISDI (installations de stockage des déchets inertes), 26% sont recyclés (en granulats ou en agrégats d’enrobés) et 2% sont exportés. La région Ile-de-France s’est penchée sur la question et elle est en train d’élaborer un Plan de prévention et de gestion des déchets de chantier (Predec).

HDO

L’avant-projet devrait être finalisé d’ici septembre. Ensuite, il doit être adopté par le conseil régional en assemblée plénière puis soumis à une enquête publique. On peut imaginer qu’il aura force de loi avant la fin 2013.

Quels seront ses objectifs?

GW

Il doit tout d’abord favoriser la prévention, mais aussi le rééquilibrage territorial. Un objectif d’autant plus important que 65% des déchets inertes du BTP mis en décharge le sont aujourd’hui dans le seul département de la Seine-et-Marne. Le Predec doit enfin réduire leur empreinte environnementale. Techniquement, ils pourraient être mieux valorisés, notamment au sein d’aménagements paysagers, mais on se heurte à des obstacles législatifs et à un manque de contrôle. On est incapable de mesurer cette valorisation car elle relève de la seule compétence des maires. Autre problème majeur: le coût. Il revient moins cher, pour les professionnels, de les envoyer dans des installations de stockage que de les recycler.

Quelle est la part des déchets organiques dans la poubelle? Des bonnes pratiques ont-elles été mises en place pour les valoriser?

HDO

Les déchets verts continuent d’augmenter (environ 4 kilogrammes par habitant en 2011) en raison d’un nombre croissant de communes proposant une collecte en porte-à-porte. Les biodéchets représentent seulement 0,6 kg/hab/an et la collecte sélective n’existe que dans une seule collectivité francilienne, la communauté d’agglomération de Cergy-Pontoise (Val d’Oise). Il existe plusieurs freins au développement de ce type de collecte. Ces déchets pourrissent très vite et il est plus difficile de les collecter dans les zones fortement urbanisées. Sur le plan normatif, la réglementation sanitaire impose des contraintes importantes. Certains industriels commencent néanmoins à s’y intéresser.

Pourquoi l’incinération reste-t-elle le premier mode de traitement?

GW

Elle représente encore 57% des déchets ménagers et assimilés d’IDF. C’est effectivement le premier mode de traitement, devant l’enfouissement, le recyclage, le compostage, et la méthanisation.

HDO

Les filières de recyclage pourraient être plus efficaces. En France, nous sommes surtout très créatifs, puisque nous avons le plus grand nombre de filières à responsabilité élargie du producteur (REP) d’Europe. Mais elles ne fonctionnent pas toujours très bien, au niveau de la prise en charge des coûts de gestion ou encore des taux de recyclage. Le plastique est recyclé à 8% seulement, par exemple.

Alors qu’une nouvelle loi-cadre sur les déchets devrait être lancée à l’automne prochain, que préconisez-vous?

HDO

Elle sera bienvenue puisque la dernière remonte à 20 ans (1992, ndlr). Mais l’optimisation de la gestion des déchets repose sur d’autres leviers. En plus d’une avancée réglementaire, on peut s’appuyer sur l’ergonomie, c’est-à-dire l’accessibilité d’un dispositif, le financement, et la communication. Il faut un système qui privilégie des consignes de tri faciles à mémoriser, et qui soit économiquement cohérent, comme dans les pays du Nord, où les taxes sur les mises en décharge s’avèrent plus élevées sans que le consommateur paye plus. Il faut aussi que le dispositif soit accompagné d’une réglementation incitative, comme l’interdiction britannique des déchets organiques dans les décharges. Ce sont avant tout des choix politiques et de société.



A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus