L’impact de la fonte du permafrost largement sous-estimé

Le 01 décembre 2011 par Geneviève De Lacour
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La fonte accélérée des sous-sols arctiques gelés, aussi appelés permafrost, va accentuer l'effet du réchauffement climatique dans des proportions d'autant plus inquiétantes qu'elles sont largement sous-estimées par les modèles climatiques actuels, avertit une étude de l’université de Fairbanks (Alaska).

Avec la hausse rapide des températures dans les régions arctiques, le permafrost, ou pergélisol, qui reste habituellement gelé tout au long de l'année, est en train de fondre. Il couvre près de 19 millions de kilomètres carrés, soit environ un cinquième des terres émergées de l'hémisphère Nord.

Ce permafrost constitue une gigantesque réserve de carbone organique, les restes des plantes et des animaux qui se sont accumulés dans le sol au fil des millénaires. Ce stock de carbone est neutralisé par le gel dans le sous-sol, mais avec le dégel engendré par le réchauffement climatique, les organismes microbiens le décomposent et en libèrent une partie dans l'atmosphère. Au total, les terres arctiques renfermeraient quelque 1.700 milliards de tonnes de carbone. Soit l’équivalent de 200 ans d’émissions de CO2 anthropique (au rythme actuel des rejets).

«C'est environ 4 fois plus que tout le carbone émis par les activités humaines au cours des temps modernes et le double de ce que contient l'atmosphère actuellement», soulignent Edward Schuur et Benjamin Abbott, biologistes à l’université de Fairbanks, dans un commentaire publié le 30 novembre par la revue britannique Nature.

Selon ces scientifiques et une quarantaine d'experts internationaux du réseau Permafrost Carbon Network signataires de l'étude, ce chiffre représente plus du triple des estimations précédentes utilisées dans les modèles de changement climatique.

La raison de cet écart est simple. On mesure habituellement le carbone au sein du premier mètre de sol en surface. Mais au fil des millénaires, l'alternance de gel et de dégel, et la migration des sédiments, ont produit un effet de brassage qui a enfoui le carbone du permafrost beaucoup plus profondément, expliquent ces experts.

Selon leurs calculs, la fonte du permafrost va relâcher dans l'atmosphère un volume de carbone équivalent à celui produit par la déforestation, si cette dernière se poursuit au rythme actuel. Mais ces émissions auront un impact sur le réchauffement climatique 2,5 fois plus élevé. En effet, la fonte du permafrost produit non seulement du dioxyde de carbone (CO2) mais aussi du méthane (CH4), un gaz à effet de serre particulièrement redoutable.

Les membres du réseau Permafrost insistent sur le fait que le pouvoir de réchauffement global (PRG) du méthane est 25 fois supérieur à celui du CO2 sur une centaine d'années.

En fonction de différents scénarios retenus par le Groupe international d'experts sur l'évolution du climat (Giec), ils ont donc tenté d'évaluer la fonte du permafrost et les émissions de carbone qui en découleraient, et ils ont obtenu des résultats frappants.

Si la température moyenne des zones arctiques augmentait de 2,5°C entre aujourd’hui et 2040 (par rapport à la moyenne de la période 1985-2004), le permafrost relâcherait 110 à 231 milliards de tonnes équivalent CO2. Et pour une augmentation de 7,5°C entre actuellement et 2100, on passerait à une quantité de 850 à 1.400 milliards de tonnes.

Une estimation 1,7 à 5,2 fois plus élevée que celles retenues par des études récentes sur la base de scénarios similaires, relèvent les auteurs.

Quel que soit le scénario de réchauffement retenu, l'essentiel du carbone émis dans l'atmosphère serait du CO2, le méthane ne représentant qu'environ 2,7% du total. Néanmoins, du fait de son PRG élevé, le CH4 serait responsable de plus de la moitié du changement climatique induit par les émissions de carbone du permafrost, soulignent-ils.

 


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