L’Ile-de-France a perdu le goût de l’agriculture

Le 13 mars 2012 par Stéphanie Senet
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1.500 hectares disparaissent chaque année
1.500 hectares disparaissent chaque année

Les enjeux de l’approvisionnement alimentaire en Ile-de-France ont fait l’objet d’un rapport, rendu public, ce 13 mars à Paris, par le Conseil économique, social et environnemental régional (Ceser). L’un de ses objectifs consiste à rétablir le lien entre le producteur local et le consommateur francilien.

La fragilité de l’activité agricole francilienne ne se voit pas à l’œil nu. Avec   572.000 hectares, les terres agricoles couvrent un peu moins de la moitié du territoire francilien. Ce qui est loin d’être négligeable pour une région aussi fortement urbanisée. Pour autant, la production n’est pas du tout en mesure de nourrir la région la plus peuplée de l'Hexagone avec 12 millions de personnes (19% de la population française).

Son principal handicap ? Le nombre d’exploitations ne cesse de régresser : -26% en 10 ans (1), ce qui équivaut à une réduction de 3,2% de la surface agricole utile (SAU). «En moyenne, l’Ile-de-France perd 1.500 à 1.700 ha de terres agricoles par an», résume Maurice Toullalan, rapporteur du rapport du Ceser.

Aujourd’hui, la région ne compte plus que 5.076 exploitations agricoles, dont la très grande majorité (93% de la SAU) sont orientées vers les grandes cultures. Les céréales sont privilégiées : elles représentent 61% de la SAU francilienne, contre 32% en moyenne en métropole. Les oléagineux et protéagineux les suivent, avec 21% de la SAU (9% en métropole). En revanche, les cultures fourragères et les prairies (artificielles, temporaires et surfaces en herbe) atteignent seulement 4% de la SAU contre 54% au niveau national. Au total, l’Ile-de-France favorise les grandes cultures spécialisées. La taille moyenne d’une exploitation est en conséquence de 112 ha. La production de lait est au contraire réduite (1% seulement de la consommation), tout comme celle de viande bovine (0,25%) et de fruits (2,7%).

Le cheptel francilien se trouve en effet dans un état critique. La taille des troupeaux de bovins a régressé de 31% en 20 ans. Durant la même période, les population porcine et onvine ont été réduites de moitié. Le métier d’agriculteur attirant de moins en moins, l’avenir des exploitations est compromis.

Le recul de l’agriculture francilienne n’est pas sans conséquence pour l’industrie agroalimentaire, qui souffre d’une baisse de main d'oeuvre. «Il n’y a plus de conserveries et il est urgent de sauvegarder les 4 dernières laiteries», préconise Maurice Toullalan. La situation du Marché d’intérêt national (MIN) de Rungis n’est pas plus enviable, puisque son activité baisse. «A cause de la concurrence directe avec les centrales d’achat des supermarchés, il n’approvisionne plus que les petits commerces et la restauration hors foyer», précise le rapporteur. Il préconise au passage de faire entrer le conseil régional dans le capital du MIN.

Seule, l’agriculture biologique présente des indicateurs à la hausse. Elle reste toutefois maigre avec 1,2% seulement des terres agricoles. On est bien loin de Provence-Alpes-Côte d'Azur, qui avec 10% de la SAU consacrée au bio est la première de France.

Le Ceser d’Ile-de-France conclut son rapport par des préconisations censées enrayer ces régressions. «On doit agir sur la demande des consommateurs, en les incitant à choisir plus de produits locaux et saisonniers», explique Maurice Toullalan.

Aujourd’hui, ils préfèrent les produits venus du monde entier, en raison des coûts plus bas affichés par certains pays et parce que le coût de l’énergie n’a pas encore pénalisé le transport des marchandises, estime le Ceser. Pourtant, l’avenir a rendez-vous avec la hausse des prix de l’énergie et de l’alimentation. Le rapport ajoute qu’une information sur les marges réalisées par la grande distribution ainsi que sur l’origine des produits seraient bénéfiques aux circuits courts.

Sur le dossier –sensible- de la politique agricole commune (PAC), le Ceser se contente de noter que la région Ile-de-France, riche en céréales, recevra moins d’argent dans le cadre de la réforme prévue en 2013.

Le Ceser estime aussi qu’il faut poursuivre la lutte contre le gaspillage des terres et préserver la diversité des cultures, en structurant les productions maraîchères et arboricoles (grâce au recours à la forme sociétaire, notamment sous la forme d’un groupement agricole d’exploitations en commun ou Gaec). Les  plans locaux d’urbanisme (PLU) peuvent aussi dédier de vastes zones à l’agriculture. «Lors de leur modification, comme celle des schémas de cohérence territoriale, les Scot, il faut réaliser une analyse fonctionnelle des espaces agricoles et naturels», préconise le rapport.   Enfin, les friches industrielles étant nombreuses en Ile-de-France, elles représentent un potentiel à utiliser. L’objectif est de réduire la spéculation foncière. Aujourd’hui, 15% seulement des agriculteurs sont propriétaires de leurs terres. Un effort particulier doit être fait dans les villes nouvelles, propriétaires de surfaces disponibles.

Dernier enjeu : les jeunes agriculteurs, sur qui repose finalement l’avenir de l’agriculture francilienne. «Il y a du travail à faire. Un jeune associe encore l’agriculture à un travail pénible, peu rémunéré, qui pollue l’environnement, avec un accès aux terres difficile», résume Maurice Toullalan.

Le Ceser recommande de renforcer le soutien à l’installation des jeunes agriculteurs, en accordant des moyens supplémentaires à la Safer (2) (2) et à l’Agence des espaces verts. Ancienne, une recommandation rappelle que l’assouplissement des marchés publics peut favoriser le recours aux producteurs locaux. «Nemours a donné l’exemple en privilégiant les produits du terroir dans ses cantines scolaires. Mais il faut être clair, les appels d’offre doivent être adaptés. En l’état actuel, aucun producteur n’est en mesure de répondre tout seul à une telle demande», lance Daniel Dewarte, président de la commission Agriculture, environnement et ruralité du Ceser.

 

   

  1. La baisse a été particulièrement forte pour les petites exploitations de moins de 20 hectares : - 35%
  2. Safer: Société d'aménagement foncier et d'établissement rural


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