L’ibis sacré mange surtout des écrevisses, pas des œufs ou des oisillons

Le 26 juillet 2013 par Marine Jobert
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
Threskiornis aethiopicus, une espèce invasive?
Threskiornis aethiopicus, une espèce invasive?
DR

C’est une polémique qui dure depuis près de 20 ans, depuis que quelques ibis sacrés se sont échappés du parc de Branféré (Morbihan) dans les années 1970. Année après année, ils ont colonisé par milliers la côte Atlantique et engendré un débat enflammé: sont-ils ou non une espèce invasive? Une étude publiée dans la revue Comptes rendus Biologies par l’un des plus grands spécialistes des ibis sacrés, Loïc Marion[1], apporte de l’eau au moulin de ceux qui s’opposent au tir de cet oiseau, originaire d'Afrique tropicale et du Moyen-Orient (sud de l'Irak).

 

Dès mars 2006, l’Etat français décidait de réguler l’espèce, à charge pour les préfets de définir les modalités (destruction des œufs dans certains sites, régulation partielle par tir dans d'autres, éradication de certaines colonies). Les espèces invasives sont reconnues comme étant la deuxième cause de diminution de la biodiversité, après la fragmentation et la disparition des habitats. «L'espèce a été ajoutée sur la liste des 100 espèces les plus invasives d'Europe (Delivering Alien Invasive Species Inventories for Europe ou DAISIE), et l'African-Eurasian Waterbird Agreement (AEWA) a demandé à la France de l'éradiquer», rappelle le site spécialisé Ornithomedia.

 

De (nombreux) reproches sont faits aux ibis sacrés. «Ils sont susceptibles de disséminer largement les agents pathogènes, en particulier en période d’épizootie», concluait en juin 2010 une étude rédigée par l’Ecole nationale vétérinaire, agro-alimentaire et de l’alimentation Nantes Atlantique, l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS), le Muséum national d’histoire naturelle et l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (ex-Anses), pour le compte des directions régionales de l’environnement Bretagne et Pays de la Loire. Mais surtout, assurent ses détracteurs, ils sont une menace pour les espèces autochtones, notamment les sternes, dont ils décimeraient les pontes et attaqueraient les poussins.

 

C’est à cette assertion que Loïc Marion répond, en livrant une photo précise du régime alimentaire de l’ibis sacré et son impact sur les espèces d’oiseaux locales pendant 14 années dans sa principale aire d’introduction. «Durant une première période (1993–2004), le régime alimentaire était essentiellement composé d’invertébrés tels les insectes aquatiques ou les larves d’Eristalis capturées dans la vase (une niche alimentaire vacante en France), tandis que les déchets carnés prélevés dans les décharges étaient minoritaires», détaille-t-il. «Récemment, l’introduction de l’écrevisse de Louisiane a supplanté les proies initiales et a permis une forte augmentation des effectifs reproducteurs de l’ibis.» Le statut d’espèce invasive de l’écrevisse de Lousiane ne fait, à l’inverse, pas l’objet de controverses.

«L’ibis sacré pourrait avoir un effet positif comme prédateur important de l’écrevisse invasive», note Loïc Marion. Autant d’observations rendues possibles par l’examen des régurgitations des ibis.

 

La question centrale de l’étude du chercheur du CNRS consistait à établir si l’oiseau était friand d’œufs et d’oisillons. «Aucun débris d’œufs ou de restes d’oisillons n’a été noté lors des observations (…) les écrevisses constituant l’écrasante majorité des proies. Les vertébrés sont des proies très accidentelles, et aucune espèce d’oiseaux n’a été réellement menacée, comme ailleurs dans le monde», répond-il sans ambages. Il invite à se tourner vers d’autres oiseaux ou vers les renards pour trouver les coupables de ces destructions.

 



[1] ornithologue et spécialiste des milieux aquatiques au CNRS et ancien directeur de la réserve de Grand-Lieu en Loire-Atlantique

 

 



A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus