L’hypovitaminose D, conséquence plutôt que cause de maladies chroniques

Le 11 décembre 2013 par Romain Loury
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Les rayons UV du soleil nous permettent de synthétiser de la vitamine D.
Les rayons UV du soleil nous permettent de synthétiser de la vitamine D.
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Les déficits en vitamine D ne seraient en rien responsables de maladies chroniques, mais en seraient plutôt la conséquence, selon des travaux français publiés dans la revue Lancet Diabetes & Endocrinology.

Ostéoporose et fractures, mais aussi cancer, maladies cardiovasculaires, diabète, maladies neurodégénératives -dont celles d’Alzheimer et de Parkinson-, dépression nerveuse… les articles scientifiques ne cessent de fleurir quant aux liens de ces diverses maladies avec un déficit en vitamine D. Dès lors, l’hypovitaminose D, très fréquente dans nos sociétés occidentales (voir le JDSA), se voit souvent désignée comme l’une des sources de ces divers maux.

De manière peut-être un peu abusive, suggère l’étude publiée par l’équipe de Philippe Autier, à l’International Prevention Research Institute (iPRI), organisme de recherche indépendant basé à Lyon: plutôt qu’une cause de maladies chroniques, le déficit en vitamine D en serait une conséquence.

Premier constat des chercheurs, l’hypovitaminose D semble sans conteste liée à ces maladies. Selon l’analyse qu’ils ont menée sur 290 études observationnelles publiées dans la littérature scientifique, les personnes présentant des taux élevés de vitamine D ont bien un risque de maladies cardiovasculaires diminué de 58%, un risque de diabète réduit de 38% et un risque de cancer colorectal réduit de 34%.

D’où la tentation de prévenir ces maladies par des compléments de vitamine D. Et c’est là que le bât blesse: parmi les 172 essais randomisés inclus dans la méta-analyse, au cours desquels des personnes ont pris de la vitamine D ou un placebo, très rares sont ceux qui ont montré une quelconque efficacité en prévention des maladies.

«La baisse de vitamine D constituerait un marqueur biologique d’une détérioration de la santé», qu’il s’agisse d’une maladie ou d’un vieillissement naturel, avance l’équipe de l’iPRI. A la croisée de ces diverses maladies, l’inflammation chronique de l’organisme pourrait expliquer cette chute de la vitamine D, par un mécanisme qui reste à élucider, explique Philippe Autier, contacté par le JDSA.

Selon lui, la complémentation en vitamine D garde toutefois son intérêt chez les femmes enceintes et les enfants en bas âge, chez lesquels elle permet d’éviter le rachitisme et l’ostéomalacie. Deux troubles du métabolisme osseux, pour lesquels le rôle de la vitamine D n’est pas remis en cause.

Autre population qui bénéficierait d’une complémentation en vitamine D (associée à du calcium), les personnes âgées vivant en institution, les plus fragiles et dépendantes. Chez elles, il s’agit de réduire le risque de fractures osseuses, souvent fatal à un âge avancé. De manière évocatrice, c’est d’ailleurs chez ces personnes âgées que les rares effets positifs d’une complémentation en vitamine D ont été observés lors d’essais randomisés, avec une baisse de mortalité allant jusqu’à 7%.

De grands essais en cours

Quant au «mythe» d’un bénéfice de compléments de vitamine D sur le risque de maladies non osseuses, il semble encore à l’œuvre derrière les grandes études randomisées actuellement en cours. Parmi elles, les essais VITAL (Etats-Unis, 20.000 participants américains), VIDAL (Royaume-Uni, 20.000 participants), FIND (Finlande, 18.000 participants), ViDA (Nouvelle-Zélande, 5.100 participants) et DOHealth (7 villes européennes, 2.150 participants).

Au vu de la quantité de résultats négatifs déjà obtenus sur le sujet, Philippe Autier n’y voit rien d’autre «que de l’argent jeté par les fenêtres». Le chercheur se reprend aussitôt, estimant plus diplomatiquement que «ces essais vont apporter des nouvelles données intéressantes», bien qu’il ne soit «pas très optimiste» sur l’objectif premier de ces essais.

S’il existe des «lobbies commerciaux», dont celui des compléments alimentaires, derrière la vogue de la vitamine D, le chercheur entrevoit plutôt, derrière ces coûteux essais, l’œuvre de «lobbies scientifiques». Comme pour la vogue des antioxydants il y a une vingtaine d’années, la science recèle beaucoup de «mirages aux alouettes», avec «des croyances qui vont et qui viennent», juge Philippe Autier.

 



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