L’hydroélectricité menace le bassin amazonien

Le 20 avril 2012 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Les conduites forcées de Coca Codo Sinclair feront une trentaine de km de long.
Les conduites forcées de Coca Codo Sinclair feront une trentaine de km de long.

Souvent pour alimenter le Brésil, les pays andins multiplient leur parc hydroélectrique. Ce qui devrait avoir de gros impacts sur l’environnement amazonien, indique une étude américaine.

Déjà menacée par la sécheresse résultant des changements climatiques [JDLE], l’Amazonie pourrait aussi subir un détournement d’eau. Du moins, dans certaines régions. Pour faire face à la croissance annoncée de la demande d’électricité, notamment brésilienne, les pays andins (Pérou, Equateur, Bolivie, Colombie) multiplient les projets de centrales hydroélectriques. Ce qui n’est pas sans risque pour l’environnement de la plus grande forêt tropicale de la planète.

Dans un article publié sur le site à comité de lecture PlosOne, Matt Finer fait le point sur une situation inquiétante. En collaboration avec Clinton Jenkins (université de Caroline du nord), le juriste américain a dénombré 151 projets de barrages hydroélectriques de plus de 2 mégawatts électriques (MWe) dans la région. De quoi tripler, en 20 ans, la puissance installée locale.

Le Pérou est de loin, le pays andin ayant les plus grandes ambitions en matière d’exploitation de la force motrice de ses cours d’eau: 79 projets de centrales hydroélectriques, dont 10 afficheront une puissance supérieure à 1.000 MWe.

Essentiellement concentré dans la cordillère des Andes, ce fort accroissement du nombre de barrages menace les équilibres écologiques du bassin amazonien, affirment les auteurs. En multipliant les obstacles au libre passage de l’eau, les scientifiques craignent une rupture du lien écologique entre les montagnes andines et la plaine amazonienne. «Les Andes apportent une grande majorité des nutriments et de la matière organique au système amazonien, alimentant l’écosystème d’une plaine fluviale, qui est l’un des plus productifs de la planète». Sont particulièrement visés: les bassins de 6 importants affluents de l’Amazone: Caquetá, Madeira, Napo, Maranon, Putumato, Ucayali.

En réduisant l’apport nutritif, les barrages andins vont dégrader la qualité de l’environnement amazonien, menaçant de facto certaines activités économiques locales. «De nombreuses espèces de poissons, importantes tant sur le plan écologique qu’économique, prospèrent seulement dans les rivières andines». Certaines espèces migratrices, telles les poissons chat ou Prochilodzis nigricans, sont donc en première ligne. De même que de nombreuses espèces inféodées aux rivières: amphibiens, oiseaux, mammifères, etc.

L’étude estime que 71 projets de barrage auront de «gros impacts» sur le milieu, 51 exerceront des pressions moyennes et 29 auront de faibles conséquences environnementales. A titre d’exemple, le projet de barrage colombien de l’Andaqui (700 MW), sur la rivière Caquetá, «provoquera la première rupture de continuité entre la rivière et la zone inondable d’un parc national.»

En Equateur, l’érection du barrage de Coca Codo Sinclair (1500 MW) devrait interrompre l’apport de limons à un affluent de la Napo, ce qui devrait fortement influer sur la faune aquatique. Mais pas seulement. En cours, la construction de cette imposante centrale a nécessité la coupe d’importantes surfaces de forêts primaires, pour le passage des routes et des lignes de transport d’électricité. Des dégâts collatéraux que l’on retrouve sur tous les ouvrages de ce type.

La déforestation et la création de lacs de retenue vont aussi perturber la vie des populations locales. Selon les auteurs, 40 projets de centrales vont modifier le cours de rivières baignant des territoires peuplés par des communautés autochtones. Des populations qui, le plus souvent, n’accèderont même pas à l’électricité nouvellement produite.

Et c’est d’ailleurs l’un des paradoxes soulevé par l’article de Finer et de Jenkins. De gros volumes de MWh ne sont pas destinés aux voisins des installations mais au Brésil, dont la consommation d’électrons a doublé, ces 20 dernières années.

Pour satisfaire ces besoins futurs, le géant sud-américain a signé des accords avec ses voisins pour les inciter à construire de nouvelles capacités. Le Pérou devra livrer, au Brésil, la production de ses 6.000 MW de capacités hydroélectriques amazoniennes, au cours des 30 prochaines années. La Bolivie envisage, elle aussi, de devenir exportatrice d’électrons. Au grand dam de l’Amazone.

 



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