L'hydroélectricité, énergie presque durable

Le 23 juin 2010 par Célia Fontaine
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La « Convention d’engagements pour le développement d’une hydroélectricité durable » a été signée aujourd’hui 23 juin, après plus de 18 mois de travaux. Et parfois de confrontations… Au final, Etat, élus, entreprises productrices d’électricité, associations de protection de l’environnement et pêcheurs semblent avoir trouvé un terrain d’entente autour d’objectifs communs : accroitre la production hydroélectrique de 3 TWh par an d’ici 2020 (1) en atteignant le bon état d’au moins 66 % des masses d’eau en 2015.

« L'énergie hydraulique constitue la seconde source de production d'électricité en France, derrière le nucléaire », a rappelé le ministre de l’environnement Jean-Louis Borloo. Mais si les barrages produisent de l’énergie renouvelable et stockable, leurs impacts sur les milieux aquatiques restent significatifs : les populations de poissons migrateurs - dont le saumon atlantique - disparaissent, l’érosion des fleuves et du littoral, suite à la rétention des sédiments dans les retenues, est de plus en plus visible, et la qualité de l’eau continue de se dégrader. Lors de la révision des schémas directeurs d’aménagement et de gestion des eaux (Sdage), l’état des lieux réalisé entre 2004 et 2006 dans les bassins hydrographiques montre que les impacts de l’hydroélectricité constituent l’un des obstacles majeurs à l’atteinte des objectifs fixés à la France par la directive-cadre sur l’eau du 23 octobre 2000.

Les signataires de la « Convention d’engagements pour le développement d’une hydroélectricité durable en cohérence avec la restauration des milieux aquatiques » ont donc insisté sur les efforts qui seront faits en faveur de l’environnement pour compenser les inconvénients liés à l’utilisation de cette énergie. Parmi les mesures-phares figure le programme de recherche pour mieux connaître l’anguille européenne, espèce migratrice menacée d’extinction. Les barrages, du fait du turbinage, engendrent une mortalité importante d’anguilles à la dévalaison. Le programme évaluera les possibilités de franchissement des ouvrages par les jeunes anguilles ou encore recherchera des techniques permettant de réduire l’impact des ouvrages lors de la migration des anguilles adultes. Il est financé à hauteur de plus de 4 millions d’euros sur deux ans par l’Onema, l’Ademe et les producteurs.

La mise aux normes de certains ouvrages existants est également envisagée. Cela passera par «  le relèvement du débit réservédu module à l’occasion du renouvellement des titres et au plus tard le 1er janvier 2014 » selon la convention. Cela signifie que les barrages devront comporter des dispositifs qui maintiennent dans le lit du cours d’eau un débit minimal qui garantit en permanence la vie, la circulation et la reproduction des espèces.

En outre, la convention prévoit un plan d’effacement, c'est-à-dire de démolition, de certains ouvrages hydrauliques en déshérence. Cinq ouvrages hydroélectriques qui posaient problème vont être effacés, dont ceux de La Roche-qui-Boit et de Vezins sur la Sélune, dans le département de la Manche. Pour financer ces opérations, le plafond du taux de la redevance pour prélèvement sera triplé.

Cependant, certaines installations comme le barrage de Poutès posent encore problème. Aucun compromis ne s’est pour l’instant dégagé pour régler la question de ce barrage construit sans autorisation sur l'Allier pendant la seconde guerre mondiale. Sa situation géographique en fait le principal obstacle pour l'accès des saumons à leurs sites de reproduction. Selon le collectif European Rivers Network «  le barrage serait à lui seul responsable à 90 % de la perte des grands saumons de la Loire et de l'Allier ». Jean-Claude Vial, directeur adjoint de l’eau et de la biodiversité au ministère de l’écologie rappelle que «  l’effacement des ouvrages doit rester exceptionnel, et doit se faire dans la concertation ».  

Les associations de protection de l’environnement signataires, parmi lesquelles le WWF, la Fondation Nicolas Hulot ou encore l’UICN France «  saluent, sans réserve, une avancée majeure et font le pari que la coopération qui commence sera riche d’engagements tenus, pour le bénéfice de tous ».

Mais pour France Nature Environnement (FNE), impossible d’adhérer à la convention. Signer ce texte, «  imprégné par une culture énergétique productiviste », «  c’est s’engager à accepter la destruction à terme des derniers tronçons de rivières vivantes du pays, et notamment des petits cours d’eau, souvent de très bonne qualité », se défend la fédération dans un communiqué du 21 juin. Tout en rappelant ne pas être « anti-hydroélectricité », FNE estime que la France est déjà fortement équipée en grands barrages hydroélectriques et que la limite est atteinte. «  Ce ne sont pas 500 ou 1.000 microcentrales supplémentaires qui vont changer le bilan carbone du pays ni sauver le monde d’effets climatiques désastreux », affirme-t-elle.

Un comité de suivi de la convention sera mis en place en septembre et se réunira au moins une fois par semestre, toujours sur le principe de la table ronde « modèle Grenelle ».

 

(1) Objectif de 23 % d’énergies renouvelables dans la consommation française d’énergie à l’horizon 2020



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