L’horizon reste bouché pour l’éolien offshore français

Le 18 mars 2010 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Insécurité juridique, crise financière, réseau électrique inadapté: autant de conditions qui pèsent lourdement sur le développement de l’éolien marin hexagonal.

Adopté en décembre 2008, le Paquet énergie climat (PEC) fixe un ambitieux objectif en matière d’énergies renouvelables. Le train de mesures européen prévoit qu’en 2020, 20% de l’énergie finale consommée par les Européens soient d’origine renouvelable (contre 8,5% aujourd’hui). En France, la barre a été placée plus haut encore: 23%.

Anticipant la communication qu’elle doit envoyer à Bruxelles avant l’été, la France a déjà rédigé sa feuille de route. Publiée en début d’année, la nouvelle Programmation pluriannuelle des investissements (PPI) pour l’électricité prévoit la mise en service, en 10 ans, de 19.000 mégawatts (MW) éoliens terrestres, 5.400 mégawatts crête (MWc) de photovoltaïque, 2.300 MW de biomasse, 3.000 MW d’hydraulique et 6.000 MW éoliens offshore (1).

Techniquement, c’est possible. Dans les faits, c’est tout autre chose. «Nous sommes légèrement en deçà du rythme minimum requis pour atteindre l’objectif, notamment dans l’éolien», reconnaît-on au ministère de l’écologie (Meeddm) . La crise économique et les recours judiciaires qui frappent de nombreux projets éoliens terrestres y sont pour beaucoup. A terre, la puissance installée des aérogénérateurs flirte avec les 5.000 MW. Il reste 80% du chemin à parcourir en moins de 10 ans. En mer, c’est le pot au noir. Un seul projet existe aujourd’hui, mais il est entre deux eaux.

Porté par Enertag France, le projet de la côte d’Albâtre prévoit l’installation de 21 turbines Multibrid de 5 MW chacune à quelques miles au large des falaises de craie de Veulettes-sur-mer (Seine-maritime). Sur le papier, le premier parc offshore français est bien engagé. La filiale française du groupe allemand dispose de toutes les autorisations nécessaires (occupation de l’espace maritime, permis de construire). Les 21 éoliennes géantes (150 mètres de haut pour une masse totale de 270 tonnes) ont été retenues chez Multibrid, filiale d’Areva. Mieux, l’entreprise a déjà investi une cinquantaine de millions d’euros pour acquérir câbles, sous-station et transformateur qui permettront d’injecter l’électricité sur le réseau de transport de RTE. Bref, le chantier est prêt à démarrer. Ou presque… Depuis quelques semaines, le permis de construire fait l’objet d’un recours devant le tribunal administratif de Rouen. Une action qui rafraîchit les ardeurs des financiers. Or, Enertag ne dispose pas de tout l’argent nécessaire au financement de son parc éolien. «En 2004, lorsque nous avons remporté le premier appel d’offre, le coût du projet se situait autour de 280 millions €. Depuis, les cours des matières premières ont explosé», rappelle Philippe Gouverneur, directeur général d’Enertag France. Pour financer son projet, Enertag doit encore trouver 80 millions. Pas facile tant que la justice administrative n’a pas statué favorablement et de façon définitive.

L’expérience de Veulettes-sur-mer ne rassure pas ceux qui souhaiteraient s’engager dans l’éolien marin. Il pourrait être difficile, dans ce cas, d’atteindre les objectifs de la PPI et, par là même, ceux du Paquet énergie climat. Ce danger incite la direction générale de l’énergie et du climat (DGEC) du Meeddm à revoir la copie française. Selon nos informations, les services de Pierre-Franck Chevet préparent un nouvel appel d’offres. La sélection des zonages (qui permettra de cartographier les sites les plus favorables à l’implantation de parcs) est en voie d’achèvement. D’ici la fin de l’année, la Commission de régulation de l’énergie (CRE) pourra donc lancer son appel d’offres. Et si tout va bien, les heureux élus seront choisis dans le courant du premier semestre 2011.

Estimant son dossier déjà bouclé, Enertag France se dit prêt à repasser un nouvel examen. Ce qui, au vu du scepticisme qu’affiche la DGEC, ne manque pas d’audace. Pour les autres prétendants, la partie ne fera que commencer. Sans compter d’éventuelles actions en justice, ces futurs projets devront voir le jour dans une période particulièrement tendue pour l’éolien offshore européen. A eux seuls, l’Allemagne et le Royaume-Uni prévoient d’installer 59 gigawatts (GW) éoliens d’ici 2020; ce qui implique de mettre à l’eau 113 MW par jour pendant 10 ans. Les promoteurs de ces parcs géants vont truster les turbines waterproof, les câbles sous-marins, les sous-stations et les transformateurs. Déjà insuffisante, la flotte de barges et de navires spécialisés dans le transport et l’installation de turbines ne devrait pas quitter les eaux anglo-saxonnes. Autre écueil: le réseau de transport d’électricité français (propriété de RTE, filiale d’EDF) n’a pas, estime Philippe Gouverneur, la capacité d’emporter l’électricité produite par 6.000 MW offshore. Le gestionnaire de réseau va donc devoir tirer de nouvelles lignes à haute tension. «Or, en Europe, il faut compter 7 à 8 ans pour mettre en service de tels réseaux», rappelle le patron d’Enertag France.

Insécurité juridique, logistique incertaine, réseau électrique inadapté, les promoteurs de l’offshore français ne sont pas à la fête. D’autant qu’ils estiment insuffisant le tarif de rachat de l’électricité produite par les moulins marins. «Au Royaume-Uni, le mégawattheure (MWh) est payé 150 €; en Allemagne, il vaut entre 170 et 180 €, mais en France, le MWh éolien offshore vaut 130 €. A ce prix, personne ne sait faire», résume Philippe Gouverneur. Pas plus en Normandie qu’en Provence, le D-Day de l’éolien marin n’est pour demain.

(1) Dans le JDLE «Production d'électricité et de chaleur: la feuille de route pour 2020»


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