L’extrême droite en Europe: une menace pour le climat?

Le 27 février 2019 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Chez UKIP, on n'aime ni l'Europe, ni le climat.
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UKIP

Le think tank allemand Adelphi a analysé positions et votes de 21 partis d'extrême droite européens sur le changement climatique. L'unanimité est rarement de mise, sauf lorsqu'il s'agit de s'opposer aux politiques communautaires.

 

Lorsqu’on lui demandait sa position à propos du mitage de la couche d’ozone stratosphérique, Jean-Marie Le Pen répondait qu’il n’avait que faire de ces problèmes de «pschitt-pschitt». Cela n’a pas empêché la communauté internationale de renforcer le protocole de Montréal, puis plus récemment de voter celui de Kigali, pour interdire production et usage des substances rongeant cette couche protectrice.

Aujourd’hui, le problème environnemental le plus aigu n’est plus l’ozone, mais le climat. Et trois décennies après la signature du premier protocole à la convention de Vienne, doit-on craindre une extrême-droite européenne ‘aclimatique’? La question se pose avec d’autant plus d’acuité que les partis situés à la droite de la droite bénéficient de sondages favorables. Si les électeurs confirment leurs intentions de vote, la vingtaine de partis d’extrême-droite pourraient occuper près de 20% des sièges du prochain Parlement européen, contre moins de 15% aujourd’hui.

la science onnie

Les consultants du think tank berlinois Adelphi ont analysé une décennie de votes de ces eurodéputés, décortiqué leurs discours et leur propagande électorale. Et le résultat de leur étude, publiée mardi 26 février, est des plus inquiétants.

A l’instar de Donald Trump, la plupart des dirigeants de ces partis ne croient pas en la science du climat. Dans un rapport rendu l’an passé, l’eurodéputé UKIP (le parti promoteur du Brexit) John Stuart Agnew affirmait que le réchauffement était imputable au rayonnement cosmique[1]. Le Rassemblement national ne s’intéresse que très modérément aux rapports du Giec[2], institution qualifiée de «projet communiste».

Diversité climatique

Dans la famille Chemise noire, tout le monde ne campe pas sur ces positions. Le Vlaams Belong belge, Liberté et démocratie directe (Tchéquie), la Lega italienne et Aube dorée, parti néo-nazi grec, reconnaissent la réalité du changement climatique. Sans considérer qu’il s’agit là d’un problème important. Trois partis de l’internationale brune (le hongrois Fidesz, l’alliance nationale lettone et le parti des Finlandais) estiment, quant à eux, que le réchauffement constitue une réelle menace, tant pour le monde que pour leur pays.

Greenwashing. Partageant le pouvoir à Rome avec le mouvement 5 Etoiles, la Lega estime que les politiques climatiques n’ont profité «qu’aux grandes entreprises multinationales avec leur méga centrales». Les partisans de Matteo Salvini devraient se souvenir que les mafias italiennes ont profité du marché européen du carbone et des soutiens aux énergies vertes pour blanchir d’importants capitaux.

L’unanimité est presque de mise lorsqu’il s’agit de voter contre les politiques climatiques communautaires. D’une façon générale, la réduction des émissions de gaz à effet de serre, le développement des énergies bas carbone, l’échange de quotas d’émission sont souvent perçus comme des outils hâtant le déclin industriel national (par la taxation des émissions carbonées), économiquement injustes (seuls les riches investissent dans les renouvelables), minant l’indépendance nationale (les panneaux solaires sont chinois) et polluant le paysage (les éoliennes, bien sûr).

Sans surprise, les 13 textes ‘climatiques’ dont a été saisi le Parlement de Strasbourg depuis 2015 ont recueilli seulement une poignée de voix venues de l’extrême-droite.

Danger carbonique?

Une montée en puissance de l’extrême-droite au Parlement européen constitue-t-elle un danger pour le paquet Energie Climat 2030? Même si bon nombre des liders maximos européens vouent aux gémonies l’Accord de Paris, un retrait des 27 semble inenvisageable. En revanche, la rédaction d’objectifs communautaires plus ambitieux lors de la prochaine mandature s’annonce plus difficile que dans le passé.

A moins, bien sûr, que ne se constitue, sur ces sujets, une grande coalition réunissant la social-démocratie, le centre-droit et l’écologie. A cette hypothétique majorité arc-en-ciel la tâche difficile de mettre en musique des politiques «globales, multisectorielles et aussi plus créatives pour réduire les inégalités sociales». Ces futurs eurodéputés devront aussi rédiger «un récit progressiste afin d'inspirer l'imagination et de responsabiliser les citoyens». L’Europe aurait-elle besoin d’un projet de société?



[1] Affirmation réfutée par les climatologues depuis de nombreuses années.

[2] Giec: Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat

 



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