L’exode climatique: une réalité indonésienne

Le 04 juillet 2014 par Romain Loury
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Un pays très vulnérable au changement climatique
Un pays très vulnérable au changement climatique
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Au cours du XXIème siècle, la hausse des températures aura un effet direct sur les migrations pour cause environnementale. Un phénomène déjà bien observable en Indonésie, pays particulièrement vulnérable au changement climatique, comme le révèle une étude américaine publiée dans les Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS).

Après un XXème siècle des réfugiés politiques, le XXIème sera-t-il celui des écoréfugiés? Tout porte à le croire, selon l’étude menée par Pratikskya Bohra-Mishra, de l’université de Princeton (New Jersey), et ses collègues. Pire, le phénomène est déjà bien installé, et il devrait fortement s’accentuer dans les décennies à venir.

Ces travaux recèlent plusieurs originalités: conduits sur 7.185 familles suivies entre 1993 et 2007 par un programme indonésien de suivi de la population [1], ils portent non pas sur des migrations individuelles, mais sur celles impliquant l’intégralité du foyer. Ces mouvements de population à l’intérieur du pays, très souvent afin de gagner une autre province, ont donc tout lieu d’être définitifs.

De plus, les chercheurs sont pour la première fois parvenus à analyser ces migrations en fonction de plusieurs variables, à savoir la température, les précipitations et les catastrophes naturelles -telles qu’inondations, séismes, éruptions volcaniques et glissements de terrain. Qu’il s’agisse des changements climatiques ou de désastres plus ponctuels, larchipel indonésien y est particulièrement vulnérable –et constitue donc un terrain d’étude idéal.

Malgré la complexité des calculs afin de distinguer entre ces différents éléments, les résultats sont clairs: la température est le premier moteur de migration au sein du pays. Le tournant s’effectue à 25°C. En-deçà, toute hausse de la température diminue le taux de migration; au-dessus, il augmente rapidement. Et ce de manière exponentielle: passer de 26°C à 27°C accroît le taux annuel de migration de 0,8%. De 27°C à 28°C, il augmente de 1,4%.

Les revenus s’effondrent au-dessus de 24°C

Or dans le même temps, les chercheurs notent un appauvrissement des familles au-dessus de 24°C. Pas étonnant dans un pays aussi dépendant à l’agriculture que l’Indonésie: une hausse de température diminue fortement les rendements.

Si l’étude révèle aussi un effet des précipitations, avec un point critique à 2,2 mètres de pluie par an, il est bien moins marqué que pour la température. Plus étonnant, les catastrophes naturelles n’entraînent aucun effet significatif sur les migrations, à l’exception des glissements de terrain.

Qu’en est-il du futur? Et bien il n’est guère réjouissant. Avec une hausse des températures estimée de 1,8°C à 2,3°C d’ici à 2100, le taux annuel de migration pourrait augmenter jusqu’à 1,6%. Avec un impact encore plus fort dans certaines régions: pour des régions déjà chaudes (27°C), telles que celles de Jakarta et de Jogjakarta, la hausse pourrait même aller jusqu’à 5%. Quant à Bali, au climat plus frais (22°C), les chercheurs prévoient au contraire une baisse des migrations.

[1] Il s’agit de l’IFLS (Indonesian Family Life Survey).



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