L’exemple allemand inspire les Assises de l’énergie

Le 25 janvier 2012 par Valéry Laramée de Tannenberg
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email

La foule était dense, ce matin, dans l’amphithéâtre du Kursaal de Dunkerque —où se déroulent les 13e Assises de l’énergie— pour la présentation du nouveau modèle énergétique allemand.

«Un modèle, rappelle Christian Hay du Conseil allemand pour l’environnement, qui n’a rien du revirement tel qu’il a été présenté en France.»

Pour le secrétaire général de ce think tank, chargé de conseiller le gouvernement fédéral sur les politiques environnementales, tout a commencé, en 2002, par la décision prise par le précédent gouvernement, socialo-vert, de sortir du nucléaire en 2022.

«A l’époque, souligne Michel Colombier, directeur scientifique de l’Institut français du développement durable et des relations internationales (Iddri), cette décision avait été unanimement critiquée par les milieux économiques et industriels.»

Annoncée en juillet 2011, 4 mois après Fukushima, la conformation de cette sortie (prévue pour 2022, après avoir été repoussée de 10 ans) s’est faite pour des raisons politiques, mais aussi économiques. «Il s’agissait non seulement de contrebalancer l’influence grandissante des Grünen, mais aussi, en mettant le cap sur le 100% d’électricité renouvelable à l’horizon 2040, de donner un formidable coup de pouce au secteur des renouvelables, qui emploie déjà 300.000 personnes en Allemagne», rappelle Christian Hay.

Cette politique ambitieuse repose sur deux piliers. D’une part, la priorité donnée aux électrons produits –essentiellement– par les centrales éoliennes et photovoltaïques sur ceux générés par les installations classiques. «De ce fait, ce n’est plus aux installations renouvelables de s’adapter aux système, mais c’est au système électrique tout entier de s’adapter aux renouvelables», lance Christian Hay. Une gestion du système électrique totalement incompatible avec le manque de souplesse du réacteur nucléaire qui ne peut fonctionner qu’en base.

Autre point-clé: la planification. L’essentiel des centrales éoliennes appelées à succéder aux réacteurs nucléaires et aux centrales thermiques classiques devant être construites en mer du Nord, il faudra déployer un important réseau de transport d’électricité, depuis la mer du Nord jusqu’au sud de l’Allemagne, où est consommé l’essentiel du courant.

Pour ce faire, le parlement a inscrit dans la loi les besoins en nouveaux réseaux, en interconnexions, et en capacité de stockage d’électricité, par système de pompage-turbinage ou par compression d’air dans des mines. Un travail d’Hercule que l’Agence fédérale des réseaux (la BNetzA) devra encadrer. «Pour le moment, seuls 100 kilomètres de réseaux de transport, sur les 900 prévus d’ici 2015, sont entrés en service», admet Christian Hay.

Une lenteur imputable au manque d’acceptabilité sociale de nouveaux réseaux de lignes THT, mais aussi aux difficultés que rencontrent les 4 gestionnaires de réseaux de transport (chaque compagnie d’électricité a le sien) à travailler en commun. L’Allemagne va donc réviser en conséquence son système de planification

Pour autant, l’inquiétude ne gagne pas encore les responsables allemands. «Nous sommes toujours sur la tendance d’abaisser de 40% nos émissions de GES entre 1990 et 2020», poursuit le scientifique allemand.

Car parallèlement à la révision de son mix énergétique, Berlin réalise d’importants programmes de maîtrise de la demande: 600.000 prêts pour des travaux d’isolation sont accordés à des particuliers et 100.000 opérations lourdes de requalification sont lancées chaque année.

«Il y a 10 ans, la demande des particuliers allemands était comparable à celle des Français. Désormais, ils consomment 30% de moins que nous», comptabilise Michel Colombier. Et l’industrie n’est pas en reste. «Pour réaliser un point de PIB, les entreprises industrielles allemandes ont besoin de 30% de courant de moins que leurs concurrentes françaises», poursuit-il.

En cause, essentiellement, la différence des politiques tarifaires menées entre les deux rives du Rhin. «En France, ce qui compte, c’est que le prix du kilowattheure soit le plus bas possible. En Allemagne, le gouvernement taxe l’usage de l’électricité. Cela n’a pas empêché l’Allemagne d’avoir l’industrie la plus compétitive du continent», complète le chercheur français.

Très discuté outre-Rhin (le montant des devis varie du simple au quadruple), le prix de la transition énergétique ne semble pas insurmontable. «Cela ne devrait pas coûter plus de 100 à 200 euros par an à chaque ménage», estime Christian Hay. Applaudissements dans la salle.

 



A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus