L’eutrophisation continue à s’étendre dans le monde

Le 21 septembre 2017 par Stéphanie Senet
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Les algues vertes, l'une des manifestations de l'eutrophisation
Les algues vertes, l'une des manifestations de l'eutrophisation

Après les OGM et les pesticides, l’eutrophisation a fait l’objet d’une expertise scientifique collective (ESCo), rendue publique le 19 septembre à Paris. Celle-ci montre comment le phénomène s’aggrave à travers le monde sous l’effet de l’agriculture intensive.

A la demande des ministères de l’agriculture et de l’écologie, une quarantaine de chercheurs multidisciplinaires du CNRS[1], de l’Ifremer[2], de l’Inra[3] et de l’Irstea[4] ont planché pendant deux ans sur la littérature scientifique dédiée à l’eutrophisation. Résultat: des 4.000 articles retenus, ils ont tiré une synthèse de 148 pages, détaillant les causes, les manifestations, les facteurs favorables, l’évolution de l’eutrophisation ainsi que les stratégies de lutte. Un mode d’emploi tout trouvé pour les pouvoirs publics qui souhaiteraient s’attaquer au problème dans les eaux douces ou marines.

500 zones mortes

Pour bien comprendre le phénomène, il faut remonter à la source. Un apport important d’azote et de phosphore provoque un excès de biomasse végétale, qui génère à son tour un engorgement du réseau trophique et un appauvrissement du milieu en oxygène. Poussée à son paroxysme, l’eutrophisation multiplie les zones mortes. C’est pourquoi elle s’accompagne en général d’une réduction du nombre d’espèces et d’une stimulation de leur toxicité. En 2010, 500 zones hypoxiques ou anoxiques ont été recensées en mer ou sur les côtes. Soit un triplement depuis les années 1960.

Confinement, lumière et nutriments

Sans aucune ambiguïté, les scientifiques ont énuméré les trois principaux facteurs d’aggravation: le confinement de la masse d’eau, son exposition à la lumière et la hausse des nutriments. «Les flux sortants d’azote à la mer ont doublé dans le monde au cours du XXe siècle, pour passer de 34 à 64 teragrammes[5] (Tg) par an. Même chose pour le phosphore, qui a bondi de 5 à 9 Tg/an», explique Chantal Gascuel, chercheure à l’Inra. C’est l’agriculture qui en produit le plus, représentant de 20 à 50% de l’azote, et de 35 à 55% du phosphore. Quant au changement climatique, il va encore aggraver la situation, avec une hausse prévue de 20% des apports en azote en 2100, selon une étude récemment publiée dans Science.

Réduire, réduire, réduire

L’ESCo n’élude pas les solutions de lutte contre l’eutrophisation. Dans son chapitre dédié à la question, elle conclut à la nécessaire réduction des apports en nutriments, et à la transformation des systèmes agricoles et des territoires. «En matière agricole, il est possible d’agir sur l’alimentation animale, le recyclage des effluents, la gestion de la fertilisation, la préservation et la restauration des paysages», affirme Chantal Gascuel. Des leviers qui restent insuffisants dans les zones très vulnérables. Dans ce cas, seule une transformation profonde de l’agriculture vers des pratiques agroécologiques pourrait obtenir des résultats. 

 



[1] Centre national de la recherche scientifique

[2] Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer

[3] Institut national de la recherche agronomique

[4] Institut national de recherche en sciences et technologies pour l’agriculture et l’environnement

[5] 1 teragramme est égal à un milliard de kilogrammes

 



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