L’Europe présente sa vraie fausse stratégie industrielle

Le 10 mars 2020 par Valéry Laramée de Tannenberg
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
ajouter à mes dossiersRéagir à cet article
Trois commissaires, sinon rien.
Trois commissaires, sinon rien.
Commission européenne

Décarbonation de l'industrie lourde, soutien aux entreprises intensives en énergie, développement de l'hydrogène propre et coups de pouce aux PME sont quelques-unes des nouvelles pistes de travail de la Commission europénne.

C’est l’une des premières déclinations thématiques de son Pacte vert que la Commission européenne a dévoilé, ce mardi 10 mars. Trois commissaires (concurrence, économie au service des personnes et marché intérieur) avaient fait le déplacement jusqu’à la tribune de presse de la Commission, à Bruxelles. L’enjeu est d’importance: ce programme vise à préparer la décarbonation de l’industrie de l’UE et son entrée dans le monde merveilleux du numérique.

train de mesures

Plus qu’une véritable stratégie (la Commission n’a pas la compétence de définir des stratégies industrielles), le programme s’apparente à un train de mesures visant à soutenir certains secteurs fragilisés par la mondialisation ou les mutations en cours. Margaret Vestager, Valdis Dombrovskis et Thierry Breton ont notamment annoncé le lancement d’un plan d’action pour la propriété intellectuelle pour renforcer, notamment, la protection des contenus mis en ligne.

La Commission va aussi évaluer ses règles encadrant la concurrence. Ce qui devrait, peut-être à terme, faciliter les fusions d’entreprises. Ce qui devrait aussi permettre d’engager la très attendue réforme des règles encadrant les aides d’Etat. Dans le même ordre d’idée, la Commission devrait prochainement publier un livre blanc sur les distorsions provoquées par les subventions des pays tiers. Une élégante façon d’annoncer la mise en œuvre de la taxe carbone aux frontières, toujours prévue pour 2021.

l'hydrogène propre

À propos de subventions: un paquet de mesures de soutien est prévu pour financer la décarbonation des industries énergo-intensives (sidérurgie), les promoteurs de la mobilité bas carbone et toutes les industries qui assureront «un approvisionnement en énergie bas carbone à des prix compétitifs». Une définition qui colle à la perfection à … l’énergie nucléaire, mais qui pourrait tout aussi bien désigner l’hydroélectricité, voire le stockage d’électricité par batterie. La Commission a toujours détesté privilégier une technologie, notamment lorsqu’il est question d’énergie.

L’hydrogène n’est pas oublié. Bruxelles annonce la formation d’une alliance pour un hydrogène propre. Venant après les alliances sur les industries bas carbone, sur les data centers et sur les plateformes de matériaux de récupération, cette nouvelle structure ambitionne de réunir grands entreprises et PME du secteur pour favoriser l’émergence de champions européens du vecteur énergétique. Ne dites d’ailleurs pas «champion européen», l’expression est honnie par Margaret Vestager, mais écosystème industriel, comme l’a souligné Thierry Breton, lors de leur conférence de presse commune.

écosystèmes industriels

Décarbonation de l’industrie lourde, nouvelle motorisation des modes transports: autant de secteurs généralement trustés par les grandes entreprises. Pour faire une place aux PME, la Commission prévoit de nouvelles mesures les concernant, comme l’instauration d’appels d’offres qui leur soient réservés. Un émissaire européen aux PME doit prochainement être nommé par le cabinet de Thierry Breton. 

Pour développer sa nouvelle stratégie industrielle, la Commission a retenu une vingtaine de ces écosystèmes prioritaires: automobile, l'aéronautique-espace, la construction durable, etc. Ils seront composés de géants du secteur, de PME, de laboratoires de recherches et d'universités. «Chacun d'entre eux devra être compétitif dans son ensemble mais aussi avec sa dynamique propre et ses gouvernances», assure Thierry Breton.

L'exécutif européen entend également favoriser le développement de projets importants d'intérêt européen commun (PIIEC), des sortes de mini-Airbus thématiques comme Paris et Berlin l'ont fait avec les batteries de voitures électriques. Pour voir le jour, ces projets pourront bénéficier d'une certaine flexibilité de la Commission européenne en matière d'aides d'Etat.

Le prochain grand PIIEC doit se consacrer à l'énergie hydrogène, vital pour le secteur du transport, qui permettra de réduire les émissions de gaz à effet de serre, la pollution urbaine et la dépendance envers les carburants issus du pétrole.

En juin, la Commission devrait lancer une consultation auprès des acteurs concernés pour voir comment procéder.