L'Europe plombe la finance carbone mondiale

Le 15 janvier 2016 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Arnold Schwarzenegger, le créateur de la WCI, l'un des marchés US du carbone.
Arnold Schwarzenegger, le créateur de la WCI, l'un des marchés US du carbone.
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Les marchés des crédits et des quotas carbone ont reculé, l’an passé. Les perspectives ne sont guère encourageantes.

A l’ouverture de la City, jeudi 14 janvier, le patron de la Bourse de Londres s’est fendu d’un appel inattendu. Lançant l’année de la «finance verte», Nikhil Rathi a enjoint aux entrepreneurs de signer l’appel de Paris, par lequel les acteurs «non étatiques» (collectivités, entreprises) s’engagent à agir concrètement pour stabiliser le réchauffement à 2°C.

Il en faudra plus pour regonfler le moral des financiers du climat. En début de semaine, Thomson Reuters a publié une note sur l’évolution des marchés internationaux du carbone. Une étude dont les résultats n’ont rien de réjouissant. En résumé, on a moins échangé de quotas et autres crédits carbone en 2015 que l’année précédente. Mais comme le prix moyen des quotas européens, des unités de réduction certifiée d’émission (Urce, l’unité de compte du MDP[1]), les quotas chinois, nord-américains ou coréens ont vu leur prix grimper, le chiffre d’affaires de ces marchés a progressé.

Baisse européenne

En 2015, les acteurs ont échangé l’équivalent de 6,1 milliards de tonnes d’équivalent CO2, contre 7,6 milliards en 2014. Malgré cette baisse de 20% du volume, le chiffre d’affaires s’est accru de 10%, pour s’établir à 48,3 milliards d’euros, fin 2015.

Pour l’essentiel, ces mouvements sont imputables au système européen d’échanges de quotas d’émission (ETS). Malgré la croissance rapide de ses concurrents américains ou asiatiques, l’ETS représente encore 80% des volumes échangés et 77% du chiffre d’affaires mondial. Or, si le prix moyen des quotas communautaires a bondi à 7,7 € l’an passé (contre 6 € en 2014), l’industrie lourde, souvent longue, a réduit ses achats, dont le chiffre d’affaires s’est établi à 37 Md€ en 2015, contre 40,7 Md€ un an auparavant.

Petites compensations: les enchères ont rapporté 4,9 Md€ aux Etats (53% de mieux en un an) et la hausse des prix a favorisé l’utilisation des centrales à gaz, au détriment des installations au charbon. Le ciel européen s’est ainsi allégé d’une vingtaine de Mt CO2.

Dynamisme américain

Les deux marchés nord-américains ont fait montre d’un remarquable dynamisme. D’une année sur l’autre, le chiffre d’affaires de la RGGI et de la WCI californo-canadienne a triplé. En 2015, le volume de crédits échangés a dépassé le milliard de tonnes de gaz à effet de serre: deux fois plus qu’en 2014. Mais les deux marchés pèsent moins de 20% des échanges mondiaux: trop peu pour inverser la tendance baissière initiée par le Vieux monde.

Et l’Asie? Grosse émettrice, la région fourmille d’initiatives. Après une période de rodage, la Chine va fusionner ses 7 marchés régionaux. Régulant 4 Mdt GES par an, le plus grand marché du carbone du monde ouvrira ses portes en 2017. Mais nous n’en sommes pas là. En 2015, 35 millions de crédits ont été échangés sur les 7 petits marchés chinois (1,2 Mdt GES régulés); générant 50 M€ de chiffre d’affaires. San surprise, les chiffres sont 5 fois moins importants en Corée du Sud. Et bien plus faibles encore au Kazakhstan.

Les tigres arrivent

L’avenir s’annonce-t-il plus reluisant? Pas vraiment. En Europe, le volume de quotas et crédits échangés continuera de fluctuer entre 6 et 7 milliards par an jusqu’en 2019. On est bien loin du record de 2013: 9,3 milliards. Sauf accident politique, c’est sur une petite mais régulière croissance des volumes qu’il faut miser, outre-Atlantique. En 2018, les parties prenantes pourraient s’échanger 1,5 milliard de crédits: trois fois plus qu’en 2014.Le décollage devrait être plus brutal en Chine. Après un an de marché unifié, ce sont plus de 230 millions de quotas qui devraient changer de main en 2018: 10 fois plus qu’en 2014. Et 5 fois plus qu’en Corée du Sud, au même moment. Certes marginaux, les échanges d’Urce continueront leur descente aux enfers. En 2018, une cinquantaine de millions d’Urce trouveront preneurs: trois fois moins qu’en 2014.



[1] MDP: mécanisme de développement propre

 



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