L’Europe partagée face à l’acide lactique

Le 23 mai 2012 par Romain Loury
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
Efficace ou inefficace l'acide lactique ?
Efficace ou inefficace l'acide lactique ?

Un projet de règlement sur l’utilisation d’acide lactique pour réduire la contamination des carcasses bovines est en cours de discussion à la Commission européenne, où il suscite quelques réticences.

Objectif de cette technique: réduire la présence de pathogènes alimentaires sur les carcasses grâce à une pulvérisation d’acide lactique pratiquée en cabine. A ce jour, elle n’est pas autorisée dans l’UE, pas plus que l’importation de viandes traitées de cette manière.

Une interdiction ressentie par les Etats-Unis, qui y recourent largement, comme un moyen détourné de protectionnisme. D’où la demande d’autorisation adressée en décembre 2010 par le département américain à l’agriculture (USDA) à la Commission.

Après l’avis favorable rendu en juillet 2011 par l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa), un projet de règlement est en cours d’examen au Comité permanent de la chaîne alimentaire et de la santé animale (CPCASA) de la Commission. Suscitant des débats dont le dénouement, probablement favorable à l’acide lactique, se fait attendre [1].

Depuis une première version très floue présentée en octobre 2011, le texte a connu quelques évolutions notables, allant dans le sens d’un usage plus maîtrisé: l’acide lactique doit être restreint aux abattoirs, après une inspection post-mortem certifiant que la viande est apte à la consommation humaine. Et ce afin d’éviter que l’acide lactique ne devienne une «éponge magique» -expression récemment employée par Le Canard Enchaîné- pour tout morceau de viande, quelle que soit sa taille.

Plusieurs Etats membres, dont la France [2], craignent en effet que son usage n’occasionne un relâchement des pratiques d’hygiène. Une réticence palpable au fil des révisions: dès la deuxième, le texte évoque «une réduction» de la contamination microbienne de surface, et non plus «une élimination» comme dans le premier jet.

Pour Sophie Thiebaut, médecin en charge des aspects vétérinaires à la Fédération nationale de l’industrie et du commerce en gros des viandes (FNICGV), l’acide lactique «n’a aucun intérêt si on ne met pas en place toutes les bonnes pratiques d’hygiène» déjà en vigueur. «Le but est de diminuer encore un peu le risque de contamination par des pathogènes», d’environ une analyse sur 1.000 actuellement à une sur 10.000, ajoute-t-elle.

Dans un communiqué diffusé en novembre, le FNICGV déplore «la position dogmatique» adoptée par la France contre cet outil «complémentaire». Une technique qui plus est «inoffensive pour le consommateur et pour l’environnement»: c’est d’ailleurs là l’un des points les moins sujets à polémique.

Dans son rapport, l’Efsa estime ainsi que «la concentration totale d’acide lactique dans le bœuf ne sera pas affectée de manière majeure par ces niveaux résiduels». L’absorption par la viande serait comprise entre 50 et 190 mg/kg, alors que l’acide lactique naturel y est déjà présent à hauteur de 1,4 à 5 g/kg.

Beaucoup plus débattue, la question de l’information du consommateur, souhaitée par certains Etats membres et par le Bureau européen des associations de consommateurs (Beuc). Ce dernier, avant tout défavorable à l’autorisation de l’acide lactique, considère l’étiquetage comme un pré-requis minimal.

D’autres le jugent inutile, comme le Royaume-Uni: dans un rapport publié en janvier, la Food Standard Agency (FSA), favorable à l’acide lactique, juge qu’un tel étiquetage serait difficile à mettre en œuvre, en raison de la présence naturelle d’acide lactique.

Sans aller jusqu’à l’étiquetage, les dernières versions du projet de règlement prévoient une information des professionnels opérant en aval de l’abattoir. Très active sur le sujet, la FSA a lancé en mars un appel aux industriels britanniques afin qu’ils donnent leur opinion à ce sujet, notamment en termes de coût et de formation du personnel.

[1] Le projet de règlement n’a pas obtenu de majorité qualifiée lors de la dernière réunion de la section «sécurité biologique de la chaîne alimentaire» du CPCASA, organisée le 15 mai, la 4e à aborder le sujet depuis octobre 2011. La prochaine réunion est prévue le 18 juin.

[2] La Direction générale de la santé (DGAL) n’a pas souhaité faire de déclarations sur un sujet en cours de discussion. Même réserve de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses), qui se justifie par l’absence d’avis publié sur cette question.



Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus