L’Europe, leader malgré elle

Le 29 novembre 2019 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Ursula von der Leyen : madame neutralité carbone.
Ursula von der Leyen : madame neutralité carbone.
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L’Union européenne se prépare à rehausser son ambition climatique. Ce qui n’en fait pas pour autant le leader naturel mondial de la lutte contre le réchauffement. 

 

Eole a bien choisi son moment. En créant les conditions propices à une inondation terrible de Venise, le dieu des vents a remis la question climatique au cœur des conversations en Europe.

Mercredi 27 novembre, dans son ultime discours avant le parlement européen en confirme sa nomination, Ursula von der Leyen (VDL) a rappelé l’importance pour le vieux monde d’investir massivement dans la lutte contre le réchauffement. «Nous n’avons pas une minute à perdre. Le monde a besoin de notre leadership» sur le climat qui est «une question existentielle pour l’Europe et le monde», a insisté la nouvelle présidente de la Commission européenne, évoquant la Sérénissime sous les eaux ou les incendies ravageurs au Portugal.

neutralité carbone

Pour les entreprises européennes, la lutte contre le réchauffement ne devrait pas avoir un goût d’écologie punitive. Devant être lancé dans les trois premiers mois de son mandat, le Pacte vert de la successeur de Jean-Claude Juncker fixera la neutralité carbone à l’horizon 2050 et la baisse de 55% des émissions carbonées entre 1990 et 2030 comme objectifs[1]. Ils devront être validés par le conseil européen des 12 et 13 décembre prochains. Juste à temps, peut-être, pour faire vibrer la COP 25, qui s’achève, en principe, le 13 décembre au soir.

Ce pacte prévoit trois modes d’intervention. D’abord, un accroissement de la contrainte carbone sur les émetteurs. Le système d’échange de quotas de gaz à effet de serre (ETS) devrait de nouveau être réformé. Notamment pour y inclure le transport maritime et demander plus d’efforts à l’aviation commerciale.

taxe carbone aux frontières

Les secteurs émetteurs extra-européens ne seront pas épargnés. La Commission Von der Leyen planche déjà sur un projet (qui est aussi une antienne communautaire) de taxe carbone aux frontières. Il s’agit de taxer à la frontière européenne les produits des pays dont les politiques climatiques sont incompatibles avec l’Accord de Paris.

La Chine a déjà fait savoir tout le bien qu’elle pensait de cet outil fiscal qui semble conforme aux règles de l’organisation mondiale du commerce (OMC). En revanche, le groupe Arcelor-Mittal, premier aciériste du monde (et, à ce titre, l’un des premiers utilisateurs de l’ETS) soutient le projet de taxe VDL. La taxe frappera, il est vrai, les productions de ses concurrents chinois, américains, russes ou turcs.

Paris s’aligne sur Bruxelles. La France entend, dès 2020, prendre à son compte les objectifs proposés pour l’Union européenne par Ursula von der Leyen, indique le cabinet du premier ministre. Alors que la stratégie nationale bas carbone prévoit de réduire de 40% nos émissions de GES entre 1990 et 2030, l’effort de réduction, pour la même période, pourrait être porté à « 50%, voire 55% », confirme-t-on à l’Hôtel de Matignon. L’annonce officielle pourrait être faite lors de l’audition du président de la république par la Convention citoyenne, au mois de janvier.

Les Etats membres de l’UE qui peinent à imaginer leur sortie du charbon (Pologne, en tête) seront aidés de plusieurs façons. Le Pacte vert annonce la création d’un fonds de la transition juste pour financer la mutation énergétique et sociale des pays dont l’énergie s’est fossilisée. «Cette transition doit être juste et inclusive, sans quoi elle ne se produira pas», a rappelé VDL. Nul ne sait quelle sera la taille du fonds ni la façon dont il sera abondé. Ces questions étant corrélées à l’issue des négociations en cours sur le budget communautaire 2021-2027. Les plus optimistes espèrent qu’il sera question de dizaines de milliards d’euros.

la BEI presque décarbonée

Lors de son conseil d’administration du 15 novembre, la Banque européenne d’investissements (BEI) a décidé de ne plus financer les projets à énergie fossile les plus émetteurs. Les projets qui pourront bénéficier des prêts de la plus grande banque du monde ne devront pas émettre plus de 250 grammes de CO2 par kWh d’énergie produite. Ce qui rend possible le financement de centrale thermique captant et stockant le CO2 (CSC). Un bon point pour les 4 pays du groupe de Visegrad[2], très attachés au charbon.

Pour renforcer la résilience de l’économie européenne, Ursula von der Leyen devrait pouvoir compter sur Christine Lagarde. Dans son premier discours de patronne de la Banque centrale européenne, l’ancienne boss du FMI a souligné, le 22 novembre, les risques systémiques que le réchauffement font peser sur l’économie. Point de vue qu’elle partage avec le gouverneur de la Banque d’Angleterre, Mark Carney.

Sera-ce suffisant pour peser dans les négociations internationales? Rien n’est moins sûr. Pour le moment, l’Europe peut compter sur le soutien des pays les plus vulnérables. Ce qui reste insuffisant. D’où l’idée caressée par certains, dont l’Elysée, qu’Europe et Chine travaillent de concert au rehaussement de leurs ambitions respectives. Une façon de se concilier les bonnes grâces de Pékin, avant que n’entre en application la fameuse taxe carbone aux frontières de l’Europe.

la promesse de Copenhague

Il faudra bien cela pour convaincre la Chine et un maximum d’Etats de poursuivre l’œuvre entreprise depuis la conclusion de l’Accord de Paris. Certains, comme le Brésil ou la Russie, sont tentés de suivre le mouvement de retrait initié par les Etats-Unis. Plus nombreux sont ceux qui attendent que les pays les plus riches respectent les promesses faites en 2009 à Copenhague : soutenir à hauteur de 100 milliards de dollars par an, à partir de 2020, l’adaptation des pays les plus touchés par les effets du réchauffement. Aux dernières nouvelles, nous n’y sommes pas encore tout à fait. Une récente étude de l'OCDE estime que les financements accordés et mobilisés par les pays les plus développés en faveur des pays vulnérables au réchauffement ont atteint 71 milliards de dollars, en 2017: en progression de 22% en un an. Un dernier coup de pouce européen ?

 

 



[1] Pour le moment, l’Union européenne prévoit de réduire de 40% « au moins », ses émissions de GES entre 1990 et 2030.

[2] Pologne, Hongrie, Slovaquie, République Tchèque.

 



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