L’Europe interdit trois néonicotinoïdes

Le 27 avril 2018 par Romain Loury
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Et trois de moins!
Et trois de moins!
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Belle journée printanière pour les abeilles: les Etats membres de l’Union européenne ont voté, vendredi 27 avril, en faveur d’une interdiction quasi-complète de l’usage de trois néonicotinoïdes.

 

Ces trois substances –clothianidine et imidaclopride de Bayer, thiaméthoxame de Syngenta- faisaient l’objet d’un moratoire depuis 2013, seulement sur certains usages. Dans sa nouvelle proposition soumise aux Etats membres, la Commission avait décidé d’aller plus loin, avec une interdiction complète hormis pour les cultures en serre permanente, supposées sans contact avec les pollinisateurs.

A l’origine de cette proposition, une réévaluation d’un avis publié en 2013 par l’autorité européenne de la sécurité des aliments (Efsa), confirmant la toxicité de ces substances pour les pollinisateurs.

Un vote serré

Après un premier vote le 22 mars sans majorité qualifiée, le suspense a régné jusqu’au dernier moment. La proposition a été adoptée de justesse par les Etats membres, rassemblés dans le Comité permanent sur les plantes, les animaux, les denrées alimentaires et les aliments pour animaux: 16 pays sur 28 (55%), 76,1% de la population européenne (voir encadré). Pour rappel, le seuil de majorité qualifiée est fixé à 55% des Etats et 65% de la population européenne.

Les pays qui ont voté pour: France, Allemagne, Espagne, Italie, Royaume-Uni, Pays-Bas, Autriche, Suède, Grèce, Portugal, Irlande, Slovénie, Estonie, Chypre, Luxembourg, Malte. Ceux qui ont voté contre: Roumanie, République tchèque, Hongrie, Danemark. Ceux qui se sont abstenu: Pologne, Belgique, Slovaquie, Finlande, Bulgarie, Croatie, Lettonie, Lituanie.

«Le règlement sera adopté dans les prochaines semaines par la Commission européenne, et sera appliqué d’ici à la fin de l’année», indique Bruxelles dans un communiqué. Le texte fait par ailleurs l’objet d’un recours déposé par Bayer et Syngenta devant la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE), avec un jugement attendu le 17 mai.

Un bon début, mais…

Si elles se réjouissent de cette avancée majeure, les associations encouragent les autorités à aller plus loin. En particulier en interdisant aussi les quatre autres néonicotinoïdes autorisés au niveau européen, à savoir l’acétamipride, le thiaclopride, le sulfoxaflor et le flupyradifurone.

Dans un communiqué, l’association Générations Futures «salue ce vote qui répond aux attentes des scientifiques, des apiculteurs et de la société civile en général. Nous espérons maintenant que la France et l’UE iront plus loin en interdisant les nouveaux néonicotinoïdes, de type sulfoxaflor, dont notre association a obtenu en France la suspension suite à nos actions juridiques en référé». Une référence à l’actuelle bataille judiciaire, au cours de laquelle l’association a obtenu, en octobre 2017, la suspension d’AMM de deux produits à base de sulfoxaflor.

La «partie émergée de l’iceberg»

Pour Greenpeace, «ces trois néonicotinoïdes ne sont que la partie émergée de l’iceberg, il y en a bien d’autres, y compris d’autres néonicotinoïdes, qui sont tout aussi dangereux pour les abeilles et pour la production agricole. Les gouvernements doivent interdire tous les pesticides nuisant aux abeilles, et se détourner des produits chimiques nocifs dans l’agriculture».

L’association Pollinis juge quant à elle que cette interdiction «ne sauvera pas les pollinisateurs»: «interdire l’usage en extérieur de seulement trois molécules contraint simplement les agriculteurs à utiliser massivement les autres molécules disponibles et les nouveaux pesticides tueurs d’abeilles, au moins aussi toxiques pour les pollinisateurs et la biodiversité (…) Il faut une interdiction totale».

Interdiction totale pour la France

Telle est l’option choisie par la France, qui dans sa loi biodiversité d’août 2016, prévoit une interdiction totale des néonicotinoïdes à compter de septembre prochain, avec de possibles dérogations jusqu’en juillet 2020. L’Anses a entrepris un travail d’évaluation des alternatives aux néonicotinoïdes, dont un troisième –et dernier- volet doit être publié prochainement.

Quels effets sur la santé humaine? Les données sont rares en la matière. Dans un avis publié début mars, l’Anses estimait que les néonicotinoïdes ne présentaient pas de danger majeur pour l’homme aux conditions d’emploi recommandées, à l’exception du thiaclopride, suspecté d’être cancérogène et classé comme reprotoxique de catégorie 1B. Or une étude canadienne publiée jeudi 26 avril dans Environmental Health Perspectives révèle que le thiaclopride, mais aussi l’imidaclopride, stimuleraient la synthèse de l’enzyme aromatase, impliquée dans la synthèse des estrogènes, selon un mécanisme impliqué dans les cancers du sein. Ce qui, si ces résultats étaient confirmés, pourrait faire d’eux des perturbateurs endocriniens.


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